Parti de
Salvador de Bahia, le 29 novembre dernier, le convoyage retour de Temenos
arrive, enfin, à son terme.
Récit d'un convoyage long et mouvementé par Michèle et
Dominique...
"Voici enfin de nos nouvelles, le mois de décembre a été
agité pour Temenos et son équipage. Le retour du Brésil
a démarré au prés, sous d'heureux auspices, grand soleil,
chaleur...
Nous savions que ce convoyage serait placé sous le signe de la prudence
car une pièce dessoudée en haut de notre grand étai menaçait
de l'endommager.
Nous avions donc déjà démonté le grand génois
de son étai afin de préserver les fibres PBO.
L'atlantique fût, malgré cela, relativement vite traversé.
Il faut dire que Temenos connaissait bien la route ! Mais en arrivant aux
abords de Gibraltar alors que nous nous apprêtions à passer Noël
à terre, l'anticyclone se mettait en station sur l'Europe et gelait
les terriens. Un fort vent d'Est se levait sur le sud de l'Europe, pile devant
l'étrave de Temenos.
Une halte à Cadix est très rapidement décidée
afin de ne pas endommager davantage l'étai et risquer une avarie plus
grave. Nous retrouvons là-bas, le trimaran Fila de Giovanni Soldini
et son équipage, contraints à un arrêt forcé à
la suite d'un choc violent avec une baleine. A l'occasion d'un check-up du
mât, nous découvrirons que l'étai de foc encore intact
à Bahia, s'était également détérioré
durant la traversée.
Désormais, il nous faudra redoubler de prudence et mettre la pédale
douce pour les derniers 800 milles qu'il reste encore devant de l'étrave
de Temenos
Après 3 jours d'escale, les prévisions météo annoncent
une accalmie; Nous nous engouffrons dans le détroit de Gibraltar de
nuit. Pourtant ce qui aurait dû être une accalmie, se transforme
en louvoyage sous 2 ris et trinquette, contre un solide force 7 au milieu
des cargos... Au lendemain de cette nuit éprouvante, Météo
Suisse nous annonce un autre coup de vent pour le 24 et 25
décembre... Et voilà, Temenos réfugié à
Motril, (ne cherchez pas, c'est un tout petit port de commerce sur la cote
Sud
espagnole). Nous occupons la place d'un cargo le long d'un quai immense (l'officier
calculera d'ailleurs notre emplacement
en m2 ! Soit 18 m par 6 !! Il arrondira à 100 m2 !! Temenos se transforme
en palace flottant !!) Ceci ne nous empêchera pas de fêter Noël.
Chacun de nous prendra une heure de liberté, entre bricolages à
bord et nettoyage du bateau, pour aller acheter le cadeau de l'autre...
Départ le matin du 25 décembre alors que la petite ville est
encore endormie... mais la Méditerranée n'a pas dit son dernier
mot !
La météo prévoit assez rapidement du vent de Nord violent,
et c'est bien sûr, dans cette même direction que nous désirons
aller. Le vent nous tombe dessus au large d'Ibiza et c'est une 3ème
escale qui nous attend sous le soleil de Palma de Majorque, le temps de se
faire de nouveaux amis, Edouard, Britt et leur fille, une sympathique famille
Genevoise qui avait élu domicile sur leur voilier en Méditerranée.
Nous sommes le 30 décembre et nous espérons encore pouvoir passer
le jour de l'An au chaud, dans nos quartiers d'hiver...
Une petite fenêtre météo... un trou de souris semble se
dessiner pour ces prochaines heures. Nous décidons de tenter notre
chance.
Mais un coup de vent d'Est au milieu du golfe du Lion, nous en dissuadera
assez vite. On se réfugie a Port Vendres, joli petit port en eau profonde
au pied des Pyrénées, près de la frontière espagnole,
une encablure au Nord du redoutable Cap Bear.
Arrivés de nuit, à 2 heures dans ce port désert avec
un vent violent qui rentrait en rafales, l'arbre d'hélice décide
de nous abandonner.....
En pleine manoeuvre, l'hélice cesse de tourner alors que nous sommes
au milieu du bassin qui du coup, nous semble bien étroit !
Le bateau part à la dérive au fond du port, en direction de
deux vieux chalutiers amarrés à quai. Michèle devant
l'urgence de la situation réagit en un clin d'oeil et ramène
l'ancre et sa chaîne sur le pont, en quelques secondes. En moins de
temps qu'il ne faut pour le dire, voilà un mouillage à la volée
et Temenos qui s'arrête à quelques petites mètres de la
catastrophe. Seuls, à l'ancre au beau milieu du port à 3 heures
du matin sans aucun moyen de regagner le quai, nous devrons notre salut à
un gentil écossais insomniaque qui passait par là et attrapera
nos amarres...
Après cette grosse émotion, il nous faudra un long moment avant
de pouvoir trouver le sommeil.
Dés le lendemain, un plongeur confirmera que le moteur et l'hélice
ne sont plus solidaires. Le passage à la nouvelle année se fera
dans l'attente d'un mécano. Le verdict est étonnant : arbre
de transmission cassé net dans le C-drive... Ce genre de panne est
plutôt rare...
A Port Vendres, la solidarité et la gentillesse sont des mots qui prennent
tout leur sens; Dominique le pharmacien, Patrick de la SNSM, notre ami écossais,
Daniel et son épouse, Michel, Jean Marie et surtout, Jean et Valérie
qui nous offrent gîte et couvert à Banyuls dans leur magnifique
petit paradis, à l'hôtel des Elmes. Notre séjour dans
cette belle région se transforme vite en séjour gastronomique
très agréable qui nous permettra de nous détendre et
de récupérer des forces auprès de nos amis. Les habitants
de Port Vendres nous ont un peu adopté et Temenos fait l'attraction
dans le joli petit port.
UN GRAND MERCI A TOUS pour cet accueil si chaleureux.
Les mécanos réussissent une prouesse technique : remplacer l'arbre
sans sortir le bateau de l'eau. A l'aide d'un poste à souder et d'une
baguette, ils extraient le morceau de l'arbre cassé et remontent le
nouveau. Nous voilà repartis, cette fois avec une météo
clémente, vers La Ciotat ou Antibes, pour attaquer enfin les travaux
de remise en état après 2 transats successives et 10 000 milles
de plus sous l'étrave de Temenos et celle de ses 2 skippers. Au final,
la traversée de la Méditerranée aura pris plus de temps
que la remontée de l'atlantique Nord et Sud...
Un repos bien mérité pour Temenos et du travail pour son équipe...
Le programme 2002 s'annonce chargé : après quelques courses
en équipage, il devrait se terminer en apothéose par la très
célèbre Route du Rhum (nov. 2002)
Mais chaque chose en son temps, nous allons déjà remettre le
bateau en état, travailler encore à son allégement, à
l'équilibre de son plan de voilure, à la fiabilité de
ses alternateurs et aux dizaines de petits détails qui devraient le
rendre plus performant.
Cette transat en double nous a permis de constater que le potentiel du bateau
était bon, potentiel que nous allons encore essayer d'améliorer
cet hiver 2002.
Toute l'équipe vous souhaite une très bonne année, sans
trop de vents contraires, ni de vagues croisées..."
Michèle, Dominique et Temenos au large de Sète