Emploi du temps...

12.01.01

Atmosphère

La journée à été musclée pour Dominique et son bateau, à l'entendre pendant la vacation de cette mi-journée on aurait pu croire qu'il avait choisi de faire un tour sur le manège le plus agité d'une fête foraine, et quel manège !

Vous pouvez écouter cette vacation un simple clic sur la home page "dernière vacation" accrochez vos ceintures !

Dominique nous offrait par télex aujourd'hui, quelques heures d'une journée du Vendée Globe dans le grand Sud :

00h Grain violent, attention particulière, emmitouflé dans le ciré trempé, j'hésite à prendre un ris, est ce que cela va durer ? Je décide d'attendre un peu ... allez, le temps d'un café.

00h30 ça mollit un peu ; Heureusement que je n'ai pas pris un ris ! J'en serais quitte pour renvoyer de la toile maintenant. Je vais dans le compartiment sous le cockpit, chercher mon sachet de nourriture du jour, j'en suis au jour n° 60, j'ai un peu de retard, c'est vrai j'ai sauté un certain nombre de repas (j'en connais une qui ne sera pas contente de lire cela !). Coucous, et boeuf bourguignon, des biscuits, du chocolat, des fruits secs de pruneaux, des abricots, les vitamines, il y a aussi du fromage en portion les 3 rations journalières de pain longue conservation ; je cherche un petit cadeau coloré mais il n'y a rien aujourd'hui, tant pis.

00h 45 En veille, dans la véranda (petit abris dans le cockpit) je surveille la bonne marche du bateau, je pense à l'approche de notre première terre depuis bien longtemps. Je prépare les cartes papier pour la zone, et met la carte électronique dans le lecteur de carte. J'ai ainsi le système de navigation sur ordinateur, et dans le cockpit, avec le traceur de carte. La carte électronique est intitulée "détroit de Magellan".

01h 15 le vent tourne un peu, c'est tout bon, on peu se rapprocher un peu plus de la route directe vers le Horn. après cette bonne nouvelle, je pense que je pourrais essayer de dormir un peu, j'accroche l'alarme de cuisine au col du ciré, j'espère qu'elle va me réveiller ! première sieste de 20 minutes. réveil : rien ne bouge, j'ai l'impression que cela fait deux heures que je dors, j'ai bien récupéré, je m'en offre une deuxième dans la foulée. deuxième sieste de 20 minutes.

02h 00 Le vent est un peu tombé encore, je renvoie le ris. La manoeuvre prend 20 à 25 minutes, pour renvoyer ce ris je sors les bouts à filer dans le cockpit, j'ai l'impression qu'il y en a de plus en plus, un vrai plat de spaghetti spectra ! Je lofe en grand, le bateau accélère d'un coup s'emballe, Je m'époumone à hisser la Grand voile. Une fois que c'est fini, je remets le bateau sur sa trajectoire. Il faut à nouveau ranger dans les pochettes de cockpit, les bouts qui entre-temps se sont bien entendu emmêlés. A ce moment une vague explose sur le flanc et fini sa course sur moi, la pression est énorme, je me plie dans ce cockpit pour mieux résister à cette "ennemie" puissante et glacée. Je rentre la tête dans les épaules et m'enfonce dans ma capuche en attendant que ça passe. Je me félicité encore de l'avoir prévu petit !

2 h 50 un peu de navigation, un peu de film, quelques impressions lancées aux deux caméras fixes du bord. Tels deux gros yeux biens veillants, "les yeux de Lionel" qui doit se demander quelles images je vais lui ramener ! Je sais qu'il attend avec impatience, je sais qu'il s'inquiète de savoir si j'ai le temps de tourner un peu ! Je suis sur qu'il va nous faire un montage génial. Et je suis d'avance heureux de lui confier les images de notre aventure.

03h30 Le vent remonte, il y a de pointes plus de 30 nds, la quille commence à hurler, j'attends, j'écoute le bateau, ça va encore ; j'enregistre ce hurlement, je sors le micro pour avoir une super qualité de son, c'est trop ! vous entendez ?

03h45 Le vent forcît encore, je roule le génois, déroule le foc, il faut éviter qu'il batte, j'ai peu pour la réparation, je sais que cela peut lâcher, je regarde dans la pénombre, ça a tenu ... pourvu que cela tienne encore ! La nuit arrive... je sors les lampes, visse le troisième oeil sur le front (lampe frontale). C'est toujours plus angoissant de naviguer de nuit, l'obscurité nous rend aveugles, de ne plus apercevoir les nuages, les grains, les vagues, on ne peut pas anticiper autant et se faire dépasser vite fait.

04h 00 Manip. du standard C, contrôle des télex reçus, passage au satellite Atlantique Ouest. Je grignote quelques biscuits en apéro. Il faut nuit noire. Je fais chauffer l'eau pour mes premiers sachets du jour, je vais commencer par les deux sachets de boeuf bourguignon (pas mal comme p'tit déj.). Tous ces plats ont un peu la même consistance et le même goût. C'est mangeable quand même. Je laisser reposer trois minutes en fermant les sachets avec des petites pinces (cadeau d'Évelyne c'est beaucoup investie dans mon confort à bord). Je mange d'abord en me brûlant au début du premier sachet, et mange froid à la fin du deuxième ! Il fait 7° à bord.

05h00 Pris le bulletin météo, sur le C, moi qui me plaignait du pas de vent, hé bien je vais être servi !! Ça va tabasser, bon je m'y attendais un peu, les cartes météo, les fichiers précédents, tout converge ...Le Sud va reprendre ses droits. Je range ma "cuisine" pas d'assiettes, je mange dans le sachet aluminium que je jette, la cuillère, je la lèche un bon coup, voilà c'est rangé. Un petit café...

05h 30 je prends une tranche de sommeil, tant que je peux le faire. J'ai peur de ne pas entendre la petite alarme, le sommeil est toujours plus lourd après le repas...

06 h 00 je vais surfer, sur internet. Prendre les cartes météo qui m'intéressent, l'ordinateur me permet de le lire quand il fait vraiment noir, je suis penché sur son écran, il s'éteint un peu plus chaque jour... Analyse de situation, c'est un peu moins le casse-tête qu'il y a une semaine. Analyse des classements, les positions des copains, leurs trajectoires. Appel à Nice, Michèle me donne les dernières news quelques échanges techniques, et un programme d'appels pour la journée si c'est possible. Je raccroche. Je retire mon courrier, tout plein de messages des "amis terriens" je m'offre une petite récréation de les lire, mais je suis interrompu, le bateau est sous tension, surtoilé, ça va pas bien, les cadrans des instruments qui sont devant moi, sont d'accord ; j'arrive presque à lire entre les chiffres : "il faut aller réduire la voilure" ... j'y retourne Bonnet, capuche, et c'est reparti.

08h00 40/45 nds Harnais arrimé à la ligne de vie, je me prends un peu les pieds dedans, mais il ne me viendrait pas à l'idée de l'enlever ! la mer est grosse, dans le noir absolu, j'aperçois l'écume des déferlantes là au-dessus de l'arrière du bateau ! J'entends le grondement des vagues, le hurlement de la quille, il y a de l'ambiance ! Si Michèle était là on ferai comme d'habitude, sans se parler, elle ferai ce que j'attends d'elle et je ferai ce qu'elle attend de moi, et le maneouvre deviendrai plus facile... Je pense à elle omniprésente à bord, elle m'aide chaque fois que j'en ai besoin. Je hisse la trinquette c'est facile, les gestes sont justes et réglés. A chaque fois je me répète la manoeuvre en même temps que je la fait, la fatigue est là, et il faut se méfier des automatismes, ici il n'y a pas vraiment droit à l'erreur. Je suis trempé de sueur, encore une fois, le bateau est stable, je me déshabille un peu, j'enlève cette deuxième peau (ciré) je vais me changer, mettre du sec, cela fait plusieurs jours maintenant que je marine dans ces vêtements. Je me retrouve et très petite tenue, séché, talqué, tout propre sur moi, ça fait un bien ! Je me tien je m'accroche je me cogne, pas moins d'une demi-heure pour cet "exploit", ballotté par une mer qui tient absolument à me faire tomber. Je mange pain et fromage, la portion de fromage pressée est un vrai délice en regardant le jour pointer le bout de son nez, superbe lever de soleil, je fais quelques photos. J'ai oublié le goût du gruyère !

11H00 Le soleil donne l'impression que le vent est moins fort, mais ce n'est pas le cas, j'avais laissé la porte ouverte ... la vague déferlante s'est écrasée sur le pont à l'arrière a rempli le cockpit, le niveau continue à monter et le cockpit déborde maintenant dans l'intérieur du bateau ! ... quelques injures contre moi même ... j'aurai dû m'en douter et faire gaffe c'est le deuxième vague qui s'invite à l'intérieur, la punition n'est heureusement pas trop sévère, pas de dégât, je vais éponger. Le st B sonne, comme à la maison ! allô, oui ! salut Philippe ( Jeantot) quelques secondes après, une vague joueuse de bowling frappe le flanc du bateau, m'éjecte littéralement de la table a carte, en direct sur les ondes à Paris. La figure était belle, j'ai au passage déchiré deux pochettes de rangement, leur contenu s'est répandu au sol, et tout ce qui était libre sur la table à carte est tombé également ! Je continue la vacation avec un oeil noir sur cette belle pagaille. C'est sympa de parler comme cela aussi facilement avec la terre. Vacation terminée je boucle le B consommateur d'énergie, d'ailleurs il faut que je fasse tourner le moteur pour charger un peu. Le bruit du moteur couvre avec peine les hurlements de la quille.

13 heures Un café s'il vous plaît, je vérifie qu'il n'y ai pas de potage dans le fond de la tasse... !

15 heures Arrêt moteur, essais de sommeil, j'enlève ma veste de ciré, mais trop de stress, ce n'est pas pour cette fois, à la place je lis quelques pages du petit prince, avec la casque antibruit sur les oreilles.

16H Les deux couscous y passent cette fois. Les fruits secs en dessert avec le pain. Le beurre en boite de conserve a un drôle de goût...

17h Nuage menaçant, le vent monte encore, violemment, 56 nds !! Je me rue dehors, j'ai enfilé la veste de ciré mais la fermeture éclair coince ! tant pis.. je sors je manoeuvre. J'arrive enfin a fermer mon ciré mais un peu tard... Je vais faire mon tour de pont. Toute ma check list est ok, je l'ai dans la tête, et le parcours sur le pont du bateau est toujours le même. Le spectacle est grandiose, aujourd'hui, je ressors la caméra... j'en mets autant dans son ventre que dans mes yeux !

La journée continue au rythme des vagues, des grains, des levers et couchers de soleils... Dominique nous annonçait ce soir le cap Horn à 800 milles.

UBP 20 - Photo Benoit Stichelbaut

 

CLASSEMENT DU12/01 à mi-journée

Pos. Bateau Lat. Long. Dist. Cap Vit. Visu.
(abandon de Old Spice) 17 bateaux classés - 24 au départ -

1 PRB (Desjoyeaux)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -50.34S 56.35W 6561milles 27° 14.3nds à 1463 m d'UBP
2 Kingfisher (MacArthur)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -56.05 69.18 651 70 15.9 à 812 m d'UBP
3 Active Wear (Thiercelin)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -55.22 75.4 860 77 15.8 à 603 m d'UBP
4 SILL Matines La Potagère (Jourdain)
le 12 Jan à 13 : 01 TU -55.04 76.13 886 80 13.4 à 577 m d'UBP
5 Sodebo (Coville)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -54.39 87.43 1283 137 12.5 à 180 m d'UBP
6 Union Bancaire Privée (Wavre)
le 12 Jan à 11 : 52 TU -53.58S 93.36W 1463m de PRB 132° 13.2nds

7 Whirlpool (Chabaud)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -55.16 108.11 1913 118 14.5 à 450 m d'UBP
8 EBP EspritPME Gartmore (Hall)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -53.56 114.02 2134 129 11.3 à 671m d'UBP
9 VM Matériaux (Carpentier)
le 12 Jan à 14 : 00 TU -54.47 135.27 2834 106 12.2
10 Voila.fr (Gallay)
le 12 Jan à 14 : 00 TU -54.31 139.14 2958 114 7.83

 

Retrouvez Dominique et le Vendée Globe sur Internet :
www.dominiquewavre.com
www.ubp.ch
www.vendeeglobe.com

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