Atmosphère

La
journée à été musclée
pour Dominique et son bateau, à l'entendre
pendant la vacation de cette mi-journée on
aurait pu croire qu'il avait choisi de faire un tour
sur le manège le plus agité d'une fête
foraine, et quel manège !
Vous
pouvez écouter cette vacation un simple clic
sur la home page "dernière vacation"
accrochez vos ceintures !
Dominique nous offrait par télex aujourd'hui,
quelques heures d'une journée du Vendée
Globe dans le grand Sud :
00h
Grain violent, attention particulière, emmitouflé
dans le ciré trempé, j'hésite
à prendre un ris, est ce que cela va durer
? Je décide d'attendre un peu ... allez, le
temps d'un café.
00h30
ça mollit un peu ; Heureusement que je n'ai
pas pris un ris ! J'en serais quitte pour renvoyer
de la toile maintenant. Je vais dans le compartiment
sous le cockpit, chercher mon sachet de nourriture
du jour, j'en suis au jour n° 60, j'ai un peu
de retard, c'est vrai j'ai sauté un certain
nombre de repas (j'en connais une qui ne sera pas
contente de lire cela !). Coucous, et boeuf bourguignon,
des biscuits, du chocolat, des fruits secs de pruneaux,
des abricots, les vitamines, il y a aussi du fromage
en portion les 3 rations journalières de pain
longue conservation ; je cherche un petit cadeau coloré
mais il n'y a rien aujourd'hui, tant pis.
00h
45 En veille, dans la véranda (petit abris
dans le cockpit) je surveille la bonne marche du bateau,
je pense à l'approche de notre première
terre depuis bien longtemps. Je prépare les
cartes papier pour la zone, et met la carte électronique
dans le lecteur de carte. J'ai ainsi le système
de navigation sur ordinateur, et dans le cockpit,
avec le traceur de carte. La carte électronique
est intitulée "détroit de Magellan".
01h
15 le vent tourne un peu, c'est tout bon, on peu se
rapprocher un peu plus de la route directe vers le
Horn. après cette bonne nouvelle, je pense
que je pourrais essayer de dormir un peu, j'accroche
l'alarme de cuisine au col du ciré, j'espère
qu'elle va me réveiller ! première sieste
de 20 minutes. réveil : rien ne bouge, j'ai
l'impression que cela fait deux heures que je dors,
j'ai bien récupéré, je m'en offre
une deuxième dans la foulée. deuxième
sieste de 20 minutes.
02h
00 Le vent est un peu tombé encore, je renvoie
le ris. La manoeuvre prend 20 à 25 minutes,
pour renvoyer ce ris je sors les bouts à filer
dans le cockpit, j'ai l'impression qu'il y en a de
plus en plus, un vrai plat de spaghetti spectra !
Je lofe en grand, le bateau accélère
d'un coup s'emballe, Je m'époumone à
hisser la Grand voile. Une fois que c'est fini, je
remets le bateau sur sa trajectoire. Il faut à
nouveau ranger dans les pochettes de cockpit, les
bouts qui entre-temps se sont bien entendu emmêlés.
A ce moment une vague explose sur le flanc et fini
sa course sur moi, la pression est énorme,
je me plie dans ce cockpit pour mieux résister
à cette "ennemie" puissante et glacée.
Je rentre la tête dans les épaules et
m'enfonce dans ma capuche en attendant que ça
passe. Je me félicité encore de l'avoir
prévu petit !
2
h 50 un peu de navigation, un peu de film, quelques
impressions lancées aux deux caméras
fixes du bord. Tels deux gros yeux biens veillants,
"les yeux de Lionel" qui doit se demander
quelles images je vais lui ramener ! Je sais qu'il
attend avec impatience, je sais qu'il s'inquiète
de savoir si j'ai le temps de tourner un peu ! Je
suis sur qu'il va nous faire un montage génial.
Et je suis d'avance heureux de lui confier les images
de notre aventure.
03h30 Le vent remonte, il y a de pointes plus de 30
nds, la quille commence à hurler, j'attends,
j'écoute le bateau, ça va encore ; j'enregistre
ce hurlement, je sors le micro pour avoir une super
qualité de son, c'est trop ! vous entendez
?
03h45
Le vent forcît encore, je roule le génois,
déroule le foc, il faut éviter qu'il
batte, j'ai peu pour la réparation, je sais
que cela peut lâcher, je regarde dans la pénombre,
ça a tenu ... pourvu que cela tienne encore
! La nuit arrive... je sors les lampes, visse le troisième
oeil sur le front (lampe frontale). C'est toujours
plus angoissant de naviguer de nuit, l'obscurité
nous rend aveugles, de ne plus apercevoir les nuages,
les grains, les vagues, on ne peut pas anticiper autant
et se faire dépasser vite fait.
04h
00 Manip. du standard C, contrôle des télex
reçus, passage au satellite Atlantique Ouest.
Je grignote quelques biscuits en apéro. Il
faut nuit noire. Je fais chauffer l'eau pour mes premiers
sachets du jour, je vais commencer par les deux sachets
de boeuf bourguignon (pas mal comme p'tit déj.).
Tous ces plats ont un peu la même consistance
et le même goût. C'est mangeable quand
même. Je laisser reposer trois minutes en fermant
les sachets avec des petites pinces (cadeau d'Évelyne
c'est beaucoup investie dans mon confort à
bord). Je mange d'abord en me brûlant au début
du premier sachet, et mange froid à la fin
du deuxième ! Il fait 7° à bord.
05h00
Pris le bulletin météo, sur le C, moi
qui me plaignait du pas de vent, hé bien je
vais être servi !! Ça va tabasser, bon
je m'y attendais un peu, les cartes météo,
les fichiers précédents, tout converge
...Le Sud va reprendre ses droits. Je range ma "cuisine"
pas d'assiettes, je mange dans le sachet aluminium
que je jette, la cuillère, je la lèche
un bon coup, voilà c'est rangé. Un petit
café...
05h
30 je prends une tranche de sommeil, tant que je peux
le faire. J'ai peur de ne pas entendre la petite alarme,
le sommeil est toujours plus lourd après le
repas...
06
h 00 je vais surfer, sur internet. Prendre les cartes
météo qui m'intéressent, l'ordinateur
me permet de le lire quand il fait vraiment noir,
je suis penché sur son écran, il s'éteint
un peu plus chaque jour... Analyse de situation, c'est
un peu moins le casse-tête qu'il y a une semaine.
Analyse des classements, les positions des copains,
leurs trajectoires. Appel à Nice, Michèle
me donne les dernières news quelques échanges
techniques, et un programme d'appels pour la journée
si c'est possible. Je raccroche. Je retire mon courrier,
tout plein de messages des "amis terriens"
je m'offre une petite récréation de
les lire, mais je suis interrompu, le bateau est sous
tension, surtoilé, ça va pas bien, les
cadrans des instruments qui sont devant moi, sont
d'accord ; j'arrive presque à lire entre les
chiffres : "il faut aller réduire la voilure"
... j'y retourne Bonnet, capuche, et c'est reparti.
08h00
40/45 nds Harnais arrimé à la ligne
de vie, je me prends un peu les pieds dedans, mais
il ne me viendrait pas à l'idée de l'enlever
! la mer est grosse, dans le noir absolu, j'aperçois
l'écume des déferlantes là au-dessus
de l'arrière du bateau ! J'entends le grondement
des vagues, le hurlement de la quille, il y a de l'ambiance
! Si Michèle était là on ferai
comme d'habitude, sans se parler, elle ferai ce que
j'attends d'elle et je ferai ce qu'elle attend de
moi, et le maneouvre deviendrai plus facile... Je
pense à elle omniprésente à bord,
elle m'aide chaque fois que j'en ai besoin. Je hisse
la trinquette c'est facile, les gestes sont justes
et réglés. A chaque fois je me répète
la manoeuvre en même temps que je la fait, la
fatigue est là, et il faut se méfier
des automatismes, ici il n'y a pas vraiment droit
à l'erreur. Je suis trempé de sueur,
encore une fois, le bateau est stable, je me déshabille
un peu, j'enlève cette deuxième peau
(ciré) je vais me changer, mettre du sec, cela
fait plusieurs jours maintenant que je marine dans
ces vêtements. Je me retrouve et très
petite tenue, séché, talqué,
tout propre sur moi, ça fait un bien ! Je me
tien je m'accroche je me cogne, pas moins d'une demi-heure
pour cet "exploit", ballotté par
une mer qui tient absolument à me faire tomber.
Je mange pain et fromage, la portion de fromage pressée
est un vrai délice en regardant le jour pointer
le bout de son nez, superbe lever de soleil, je fais
quelques photos. J'ai oublié le goût
du gruyère !
11H00
Le soleil donne l'impression que le vent est moins
fort, mais ce n'est pas le cas, j'avais laissé
la porte ouverte ... la vague déferlante s'est
écrasée sur le pont à l'arrière
a rempli le cockpit, le niveau continue à monter
et le cockpit déborde maintenant dans l'intérieur
du bateau ! ... quelques injures contre moi même
... j'aurai dû m'en douter et faire gaffe c'est
le deuxième vague qui s'invite à l'intérieur,
la punition n'est heureusement pas trop sévère,
pas de dégât, je vais éponger.
Le st B sonne, comme à la maison ! allô,
oui ! salut Philippe ( Jeantot) quelques secondes
après, une vague joueuse de bowling frappe
le flanc du bateau, m'éjecte littéralement
de la table a carte, en direct sur les ondes à
Paris. La figure était belle, j'ai au passage
déchiré deux pochettes de rangement,
leur contenu s'est répandu au sol, et tout
ce qui était libre sur la table à carte
est tombé également ! Je continue la
vacation avec un oeil noir sur cette belle pagaille.
C'est sympa de parler comme cela aussi facilement
avec la terre. Vacation terminée je boucle
le B consommateur d'énergie, d'ailleurs il
faut que je fasse tourner le moteur pour charger un
peu. Le bruit du moteur couvre avec peine les hurlements
de la quille.
13 heures Un café s'il vous plaît, je
vérifie qu'il n'y ai pas de potage dans le
fond de la tasse... !
15
heures Arrêt moteur, essais de sommeil, j'enlève
ma veste de ciré, mais trop de stress, ce n'est
pas pour cette fois, à la place je lis quelques
pages du petit prince, avec la casque antibruit sur
les oreilles.
16H
Les deux couscous y passent cette fois. Les fruits
secs en dessert avec le pain. Le beurre en boite de
conserve a un drôle de goût...
17h
Nuage menaçant, le vent monte encore, violemment,
56 nds !! Je me rue dehors, j'ai enfilé la
veste de ciré mais la fermeture éclair
coince ! tant pis.. je sors je manoeuvre. J'arrive
enfin a fermer mon ciré mais un peu tard...
Je vais faire mon tour de pont. Toute ma check list
est ok, je l'ai dans la tête, et le parcours
sur le pont du bateau est toujours le même.
Le spectacle est grandiose, aujourd'hui, je ressors
la caméra... j'en mets autant dans son ventre
que dans mes yeux !
La journée continue au rythme des vagues, des
grains, des levers et couchers de soleils... Dominique
nous annonçait ce soir le cap Horn à
800 milles.
UBP
20 - Photo Benoit Stichelbaut

CLASSEMENT
DU12/01 à mi-journée
Pos.
Bateau Lat. Long. Dist. Cap Vit. Visu.
(abandon de Old Spice) 17 bateaux classés -
24 au départ -
1
PRB (Desjoyeaux)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -50.34S 56.35W 6561milles
27° 14.3nds à 1463 m d'UBP
2 Kingfisher (MacArthur)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -56.05 69.18 651 70
15.9 à 812 m d'UBP
3 Active Wear (Thiercelin)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -55.22 75.4 860 77 15.8
à 603 m d'UBP
4 SILL Matines La Potagère (Jourdain)
le 12 Jan à 13 : 01 TU -55.04 76.13 886 80
13.4 à 577 m d'UBP
5 Sodebo (Coville)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -54.39 87.43 1283 137
12.5 à 180 m d'UBP
6 Union Bancaire Privée
(Wavre)
le 12 Jan à 11 : 52 TU -53.58S 93.36W 1463m
de PRB 132° 13.2nds
7 Whirlpool (Chabaud)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -55.16 108.11 1913 118
14.5 à 450 m d'UBP
8 EBP EspritPME Gartmore (Hall)
le 12 Jan à 13 : 00 TU -53.56 114.02 2134 129
11.3 à 671m d'UBP
9 VM Matériaux (Carpentier)
le 12 Jan à 14 : 00 TU -54.47 135.27 2834 106
12.2
10 Voila.fr (Gallay)
le 12 Jan à 14 : 00 TU -54.31 139.14 2958 114
7.83