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15 Février 2000

« WAVRE SE PRÉPARE À DÉVORER LE GLOBE »

Si le départ du prochain Vendée Globe n'est que pour le 5 novembre, Dominique Wavre prépare déjà minutieusement l'aventure en testant son voilier à Antibes. « Je sors quasi tous les jours. J'essaie de casser ce qui doit casser. Le problème, c'est que je n'y parviens pas! » nous a confié le navigateur genevois.

- A L'ASSAUT DE L'EVEREST DES MARINS -

Après des années d'efforts, le navigateur Dominique Wavre s'apprête enfin à vivre le rêve de sa vie. Il se prépare méticuleusement pour le 5 novembre.


Casser tout ce qui doit casser ... avant la course.

Antibes
Textes: Bernard Schopfer
Photos: Philippe Krauer

Six heures de route pour retrouver le soleil, le printemps et... Dominique Wavre. Le navigateur genevois nous attend dans le port d'Antibes, tout au bout du quai des Milliardaires. Son voilier, fraîchement baptisé «UBP», semble minuscule à côté des superyachts flamboyants, sur lesquels des ouvriers s'activent à entretenir hélicoptères, voitures amphibies, skidoos et autres gadgets. Et pourtant, ce petit monocoque 60 pieds tout de même - le mènera bien plus loin et vite que les prétentieux paquebots. On soupçonne également qu'il procurera plus de plaisir de sensations à son skipper que les voyants joujoux qu'il côtoie encore...


Au coeur du voilier, chaque chose à sa place.

Casser ce qui doit casser

Afin d'aborder cet «enfer» dans les meilleures conditions, Wavre se prépare avec une extrême méticulosité. «Pour gagner, il faut commencer par arriver, rappelle-t-il. C'est pour cela que je sors quasi tous les jours, et que j'essaie de casser maintenant ce qui doit casser. Le problème, ajoute-t-il, c'est que je n'y parviens pas. J'ai beau tirer comme un sourd, rien ne casse. Ce bateau est formidablement bien construit. »


Télécommande du pilote en main: les nuits seront agitées.

Une visite à bord le confirme. Après avoir traversé un pont très large - environ 6 mètres pour 18 de long -, le visiteur parvient dans un cockpit étroit et fonctionnel, d'où le skipper peut effectuer la plupart des manoeuvres. Passée la coursive, il découvre le coeur du voilier: une petite cabine où l'on trouve la cuisine, une table à cartes bourrée d'électronique et deux bannettes. Le reste, mis à part la soute à voiles et quelques instruments, est vide.

Chaque chose est à sa place, soigneusement arrimée pour éviter un vol plané dès la première vague. C'est que l'engin, comme nous allons le découvrir en navigation, est nerveux. Dès les premières risées, le voilier prend une gîte impressionnante, et file aussitôt à plus de 16 noeuds (30 km/h). Dominique Wavre est hilare: «Il est beau, n'est-ce pas?» Bien calé sur son flanc, le 60 pieds fend les flots avec facilité, la coque passe les vagues en douceur tandis que l'ombre du gréement se dessine sur les vaguelettes. Pas un bruit, juste le chuintement de l'eau sur la coque, le tout à pleine vitesse. Oui, il est beau!

Son soutien le plus précieux


Sous le soleil d'Antibes, Michèle Paret et
Dominique Wavre se partagent le travail.

«Je vis chichement, mais suis en accord avec moi-même»

Depuis le baptême de son voilier, le 28 septembre à Cherbourg, Dominique Wavre n'a pas cessé de travailler, bénéficiant du climat du sud de la France où il s'est installé. Autant dire qu'il connaît désormais bien son bateau, et qu'il peut évaluer sa préparation à quatre mois de l'Ostar, la transat anglaise en solitaire, qui sera sa première régate.

- Dominique, êtes vous satisfait du voilier que vous avez découvert?

- Satisfait? Bien plus que cela. C'est un voilier sain, solide et bien construit. Je le découvre encore, mais j'ai déjà une confiance totale en lui.

- Vous ravez déjà «poussé»?

- Oui, lorsque nous l'avons convoyé à Antibes depuis la Bretagne, à y a eu un coup de tabac terrible. J'attendais ce moment avec impatience, car c'est toujours un passage critique. Mais tout a parfaitement tenu.

- Est-ce que votre programme est respecté?

- L'objectif, c'est d'être prêt pour la transat anglaise, qui débute le 4 juin. Pour l'instant, on tient notre programme et j'ai confiance, même s'il y a encore quelques détails à régler.

- Au niveau du budget?

- Oui, exactement. Il nous manque encore 700'000 francs. Mais tout ce que j'ai est payé, il n'y a pas une facture qui traîne et j'ai de quoi avancer. Pour l' instant, la seule conséquence, c'est que je n'ai pas perçu de salaire depuis deux ans. Michèle et moi, nous vivons chichement. Mais je suis en accord avec moi-même. Je n'ai pas voulu prendre de risques à ce niveau; d'ailleurs, je naviguerais mal si je devais de l'argent à quelqu'un.

- Et qu'avez-vous à offrir?

- Des espaces sur le bas de la grandvoile, le mât, un foc et le geenaker. C'est un espace visible en tout temps, quelle que soit la disposition des voiles.

- D'autant plus que vous visez clairement la tête de la course.

- Oui, je pars évidemment pour gagner. Mais mon objectif n'est pas seulement de disputer une compétition. Je tiens aussi à promouvoir les qualités de la Suisse au travers des océans, comme par exemple la méticulosité, le haut degré de préparation et la pugnacité.

- La communication et l'échange, c'est essentiel pour vous?

- Oui, même si je vais essayer de les limiter pendant les phases de compétition. J'apprécie beaucoup de communiquer et de partager ma passion. Je donne d'ailleurs souvent des conférences, et jaimerais bien profiter du Vendée Globe pour réaliser un film et, peut-être, écrire un livre.

- Dans l'esprit du publie, ces voiliers sont encore dangereux

- Mais c'est complètement faux ! En réalité, ce sont les voiliers les plus sûrs du monde, mais il faut comprendre que nous les menons à fond et dans les régions les plus inhospitalières de la planète. Alors, forcément, des fois il y a de la casse. Cela dit, on a énormément travaillé sur la sécurité et les risques ont nettement diminue.

- Vous êtes donc parfaitement confiant et serein.

- Oui, on peut le dire. J'ai l'impression de mener ce projet de la bonne manière. Le déroulement des opérations est logique et cohérent, et les timings sont respectés. Tout se déroule comme prévu.

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