«
WAVRE SE PRÉPARE À DÉVORER LE GLOBE »
Si le départ
du prochain Vendée Globe n'est que pour le 5 novembre, Dominique Wavre
prépare déjà minutieusement l'aventure en testant son voilier
à Antibes. « Je sors quasi tous les jours. J'essaie de casser ce
qui doit casser. Le problème, c'est que je n'y parviens pas! » nous
a confié le navigateur genevois.
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A L'ASSAUT DE L'EVEREST DES MARINS -
Après
des années d'efforts, le navigateur Dominique Wavre s'apprête enfin
à vivre le rêve de sa vie. Il se prépare méticuleusement
pour le 5 novembre.

Casser tout
ce qui doit casser ... avant la course.
Antibes
Textes: Bernard Schopfer
Photos: Philippe Krauer
Six heures de
route pour retrouver le soleil, le printemps et... Dominique Wavre. Le navigateur
genevois nous attend dans le port d'Antibes, tout au bout du quai des Milliardaires.
Son voilier, fraîchement baptisé «UBP», semble minuscule à côté des superyachts
flamboyants, sur lesquels des ouvriers s'activent à entretenir hélicoptères, voitures
amphibies, skidoos et autres gadgets. Et pourtant, ce petit monocoque 60 pieds
tout de même - le mènera bien plus loin et vite que les prétentieux paquebots.
On soupçonne également qu'il procurera plus de plaisir de sensations à son skipper
que les voyants joujoux qu'il côtoie encore...

Au coeur du
voilier, chaque chose à sa place.
Casser
ce qui doit casser
Afin d'aborder
cet «enfer» dans les meilleures conditions, Wavre se prépare avec une extrême
méticulosité. «Pour gagner, il faut commencer par arriver, rappelle-t-il. C'est
pour cela que je sors quasi tous les jours, et que j'essaie de casser maintenant
ce qui doit casser. Le problème, ajoute-t-il, c'est que je n'y parviens pas. J'ai
beau tirer comme un sourd, rien ne casse. Ce bateau est formidablement bien construit.
»

Télécommande
du pilote en main: les nuits seront agitées.
Une visite
à bord le confirme. Après avoir traversé un pont très large - environ 6 mètres
pour 18 de long -, le visiteur parvient dans un cockpit étroit et fonctionnel,
d'où le skipper peut effectuer la plupart des manoeuvres. Passée la coursive,
il découvre le coeur du voilier: une petite cabine où l'on trouve la cuisine,
une table à cartes bourrée d'électronique et deux bannettes. Le reste, mis à part
la soute à voiles et quelques instruments, est vide.
Chaque chose
est à sa place, soigneusement arrimée pour éviter un vol plané dès la première
vague. C'est que l'engin, comme nous allons le découvrir en navigation, est nerveux.
Dès les premières risées, le voilier prend une gîte impressionnante, et file aussitôt
à plus de 16 noeuds (30 km/h). Dominique Wavre est hilare: «Il est beau, n'est-ce
pas?» Bien calé sur son flanc, le 60 pieds fend les flots avec facilité, la coque
passe les vagues en douceur tandis que l'ombre du gréement se dessine sur les
vaguelettes. Pas un bruit, juste le chuintement de l'eau sur la coque, le tout
à pleine vitesse. Oui, il est beau!
Son
soutien le plus précieux

Sous le soleil
d'Antibes, Michèle Paret et
Dominique Wavre se partagent le travail.
«Je
vis chichement, mais suis en accord avec moi-même»
Depuis le baptême
de son voilier, le 28 septembre à Cherbourg, Dominique Wavre n'a pas cessé de
travailler, bénéficiant du climat du sud de la France où il s'est installé. Autant
dire qu'il connaît désormais bien son bateau, et qu'il peut évaluer sa préparation
à quatre mois de l'Ostar, la transat anglaise en solitaire, qui sera sa première
régate.
- Dominique,
êtes vous satisfait du voilier que vous avez découvert?
- Satisfait?
Bien plus que cela. C'est un voilier sain, solide et bien construit. Je le découvre
encore, mais j'ai déjà une confiance totale en lui.
- Vous
ravez déjà «poussé»?
- Oui, lorsque
nous l'avons convoyé à Antibes depuis la Bretagne, à y a eu un coup de tabac terrible.
J'attendais ce moment avec impatience, car c'est toujours un passage critique.
Mais tout a parfaitement tenu.
- Est-ce
que votre programme est respecté?
- L'objectif,
c'est d'être prêt pour la transat anglaise, qui débute le 4 juin. Pour l'instant,
on tient notre programme et j'ai confiance, même s'il y a encore quelques détails
à régler.
- Au
niveau du budget?
- Oui, exactement.
Il nous manque encore 700'000 francs. Mais tout ce que j'ai est payé, il n'y a
pas une facture qui traîne et j'ai de quoi avancer. Pour l' instant, la seule
conséquence, c'est que je n'ai pas perçu de salaire depuis deux ans. Michèle et
moi, nous vivons chichement. Mais je suis en accord avec moi-même. Je n'ai pas
voulu prendre de risques à ce niveau; d'ailleurs, je naviguerais mal si je devais
de l'argent à quelqu'un.
- Et
qu'avez-vous à offrir?
- Des espaces
sur le bas de la grandvoile, le mât, un foc et le geenaker. C'est un espace visible
en tout temps, quelle que soit la disposition des voiles.
- D'autant
plus que vous visez clairement la tête de la course.
- Oui, je pars
évidemment pour gagner. Mais mon objectif n'est pas seulement de disputer une
compétition. Je tiens aussi à promouvoir les qualités de la Suisse au travers
des océans, comme par exemple la méticulosité, le haut degré de préparation et
la pugnacité.
- La
communication et l'échange, c'est essentiel pour vous?
- Oui, même
si je vais essayer de les limiter pendant les phases de compétition. J'apprécie
beaucoup de communiquer et de partager ma passion. Je donne d'ailleurs souvent
des conférences, et jaimerais bien profiter du Vendée Globe pour réaliser un film
et, peut-être, écrire un livre.
- Dans
l'esprit du publie, ces voiliers sont encore dangereux
- Mais c'est
complètement faux ! En réalité, ce sont les voiliers les plus sûrs du monde, mais
il faut comprendre que nous les menons à fond et dans les régions les plus inhospitalières
de la planète. Alors, forcément, des fois il y a de la casse. Cela dit, on a énormément
travaillé sur la sécurité et les risques ont nettement diminue.
- Vous
êtes donc parfaitement confiant et serein.
- Oui, on peut
le dire. J'ai l'impression de mener ce projet de la bonne manière. Le déroulement
des opérations est logique et cohérent, et les timings sont respectés. Tout se
déroule comme prévu.