SERVICE PRESSE
e-mail: Magalipar@aol.com
mobile: +33.68.03.35.876
24 Mars 2000

« UN VOILIER SENS DESSUS DESSOUS »

VENDÉE GLOBE • Règlement oblige, Dominique Wavre a été contraint de simuler le chavirage de son bateau. Après moult frayeurs, le monocoque est revenu à l'endroit: mission accomplie.

Antibes - textes: Bernard Schopfer / Photos: Philippe Krauer

Port dAntibes, quai des milliardaires, 11 h du matin. Le voilier «Union-Bancaire-Privée», avec lequel Dominique Wavre va disputer le Vendée Globe, est amarré, sans son mât, devant une grue. «Nous allons assister à un événement historique, annonce le navigateur français Halvard Mabire à une foule compacte. Pour la première fois, un voilier a quille fixe va être retourné (n.d.l.r.: un chavirage simulé, à l'aide d'une grue). Puis il va revenir à l'endroit sans aide extérieure, ce qui constitue un pas important dans l'histoire de la voile et de la sécurité en mer.»

Des plongeurs s'activent, le skipper Suisse donne de la voix, la grue s'active. Lentement, le magnifique voilier donne de la bande, pour aboutir couché à 90 degrés. Puis, soudain, des jurons: les sangles qui soulèvent le voilier par sa quille glissent, et lâchent d'un coup sec; le voilier retombe de tout son poids, avec une violence inouïe, en soulevant une gerbe d'écume.

A première historique, incidents inattendus: tout est à recommencer. La seconde tentative sera la bonne. Cette fois, le voilier se retrouve couché à 180 degrés, piteux avec sa quille et ses deux safrans en l'air. Mais l'essentiel - et le plus spectaculaire - est encore à venir.

Dominique Wavre revêt une combinaison étanche, puis il rejoint sa compagne, Michèle Paret, isolée à l'intérieur du coursier depuis le début des opérations. «On est passés par tous les états d'âme, racontera Wavre une heure et vingt- deux minutes plus tard. Pour commencer, on a analysé froidement la situation, et remarqué qu'il y avait de légères fuites d'eau, de fuel et d'huile, ce qui a eu pour conséquence de rendre le plancher (n. d. 1. r. : en réalité le plafond) extrêmement glissant. Nous avons alors actionné les ballasts tribord (3000 litres), afin de faire pencher le voilier et de faire en sorte que la quille - décentrée ramène le voilier à l'enclroit. »

Tous les états d'âme

Ce mouvement s'est enclenché, et le voilier s'est mis à gîter, mais pas suffisamment. «Nous avons dû tout interrompre, car il y avait des craquements terrifiants au niveau des ballasts, raconte le skipper genevois. Il nous a fallu du temps pour comprendre que j'avais effectué une fausse manipulation. L'eau rentrait dans les ballasts, mais l'air ne sortait pas. » Al dansait la java» Lorsque tout est rentré dans l'ordre, le remplissage s'est poursuivi. « On est passés par un bref stade de découragement, car le voilier ne revenait pas à l'endroit. » «Dominique donnait de grands coups de fesses dans la coque, raconte Michèle Paret.»

«Il dansait la java»

On ne sait si cela a fait la différence... toujours est-il que soudain, un léger mouvement s'est enclenché, toujours plus rapide puis enfin brutal. La quille a une nouvelle fois frappé l'eau avec violence, puis le voilier s'est immobilisé. <,Avec Michèle, on s'est jetés dans les bras», raconte Dom. Qui est ensuite sorti sur le pont de son voilier, les bras levés au ciel, dans une attitude que l'on souhaite revoir bientôt. Mais dans d'autres circonstances.


700 000 francs a trouver

Le 4juin, Dominique Wavre prendra le départ de la célèbre transat anglaise, l'Ostar rebaptisée « Europe 1 New Man Star » Puis ce sera New York-Brest en équipage sur le trajet retour et, enfin, le Vendée Globe dès le 5 novembre. On en a eu une nouvelle preuve hier: le projet du navigateur Suisse est extrêmement sérieux, et conduit avec une grande maestria. Par ailleurs, la mayonnaise est en train de prendre au niveau du publie et des médias, et l'événement a attiré beaucoup de monde. Fait rare dans le monde de la voile, plusieurs médias suisses alémaniques étaient représentés, de même que des revues économiques habituellement peu intéressées par ce genre d'événements. Or, malgré cet intérêt croissant, Wavre doit encore trouver 700 000 francs pour boucler son budget. Le Vendée Globe véhicule une image de haute technologie et de sport d'élite, mais aussi de rêve et d'aventure. Un panel large, qui a tout pour séduire.

Un test obligatoire, aussi spectaculaire qu'essentiel

Ce test spectaculaire, qui s'est déroulé sous l'oeil des responsables techniques de la classe des monocoques Open de 60 pieds, est devenu obligatoire pour tous les concurrents du prochain Vendée Globe. L'objectif prioritaire est de constater que le voilier peut se remettre d'un chavirage, et poursuivre sa route sous gréement de fortune sans faire appel aux sauveteurs australiens ou autres, ce qui n'était pas le cas jusqu'alors. Par ailleurs, il a le mérite de rassurer les assureurs, les sponsors et les médias, rendus inquiets par les fortunes de mer de ces dernières années. Reste qu'il a - naturellement - ses limites. Ainsi, le voilier a été démâté avant le test, et il était entièrement vide. En configuration de course, il serait alourdi par les provisions, le fuel, les voiles et tout le matériel de rechange. D'un autre point de vue, le test s'est déroulé par mer plate. S'il y avait eu des vagues propres à déstabiliser le voilier, «UBP» Serait revenu à l'endroit nettement plus vite. Ceci compensant cela C.Q.F.D.

last update: