«
UN VOILIER SENS DESSUS DESSOUS »
VENDÉE
GLOBE Règlement
oblige, Dominique Wavre a été contraint de simuler le chavirage
de son bateau. Après moult frayeurs, le monocoque est revenu à l'endroit:
mission accomplie.
Antibes - textes:
Bernard Schopfer / Photos: Philippe Krauer
Port dAntibes,
quai des milliardaires, 11 h du matin. Le voilier «Union-Bancaire-Privée», avec
lequel Dominique Wavre va disputer le Vendée Globe, est amarré, sans son mât,
devant une grue. «Nous allons assister à un événement historique, annonce le navigateur
français Halvard Mabire à une foule compacte. Pour la première fois, un voilier
a quille fixe va être retourné (n.d.l.r.: un chavirage simulé, à l'aide d'une
grue). Puis il va revenir à l'endroit sans aide extérieure, ce qui constitue un
pas important dans l'histoire de la voile et de la sécurité en mer.»
Des plongeurs
s'activent, le skipper Suisse donne de la voix, la grue s'active. Lentement, le
magnifique voilier donne de la bande, pour aboutir couché à 90 degrés. Puis, soudain,
des jurons: les sangles qui soulèvent le voilier par sa quille glissent, et lâchent
d'un coup sec; le voilier retombe de tout son poids, avec une violence inouïe,
en soulevant une gerbe d'écume.
A première historique,
incidents inattendus: tout est à recommencer. La seconde tentative sera la bonne.
Cette fois, le voilier se retrouve couché à 180 degrés, piteux avec sa quille
et ses deux safrans en l'air. Mais l'essentiel - et le plus spectaculaire - est
encore à venir.
Dominique Wavre
revêt une combinaison étanche, puis il rejoint sa compagne, Michèle Paret, isolée
à l'intérieur du coursier depuis le début des opérations. «On est passés par tous
les états d'âme, racontera Wavre une heure et vingt- deux minutes plus tard. Pour
commencer, on a analysé froidement la situation, et remarqué qu'il y avait de
légères fuites d'eau, de fuel et d'huile, ce qui a eu pour conséquence de rendre
le plancher (n. d. 1. r. : en réalité le plafond) extrêmement glissant. Nous avons
alors actionné les ballasts tribord (3000 litres), afin de faire pencher le voilier
et de faire en sorte que la quille - décentrée ramène le voilier à l'enclroit.
»
Tous les états
d'âme
Ce mouvement
s'est enclenché, et le voilier s'est mis à gîter, mais pas suffisamment. «Nous
avons dû tout interrompre, car il y avait des craquements terrifiants au niveau
des ballasts, raconte le skipper genevois. Il nous a fallu du temps pour comprendre
que j'avais effectué une fausse manipulation. L'eau rentrait dans les ballasts,
mais l'air ne sortait pas. » Al dansait la java» Lorsque tout est rentré dans
l'ordre, le remplissage s'est poursuivi. « On est passés par un bref stade de
découragement, car le voilier ne revenait pas à l'endroit. » «Dominique donnait
de grands coups de fesses dans la coque, raconte Michèle Paret.»
«Il
dansait la java»
On ne sait si
cela a fait la différence... toujours est-il que soudain, un léger mouvement s'est
enclenché, toujours plus rapide puis enfin brutal. La quille a une nouvelle fois
frappé l'eau avec violence, puis le voilier s'est immobilisé. <,Avec Michèle,
on s'est jetés dans les bras», raconte Dom. Qui est ensuite sorti sur le pont
de son voilier, les bras levés au ciel, dans une attitude que l'on souhaite revoir
bientôt. Mais dans d'autres circonstances.
700
000 francs a trouver
Le 4juin, Dominique
Wavre prendra le départ de la célèbre transat anglaise, l'Ostar rebaptisée « Europe
1 New Man Star » Puis ce sera New York-Brest en équipage sur le trajet retour
et, enfin, le Vendée Globe dès le 5 novembre. On en a eu une nouvelle preuve hier:
le projet du navigateur Suisse est extrêmement sérieux, et conduit avec une grande
maestria. Par ailleurs, la mayonnaise est en train de prendre au niveau du publie
et des médias, et l'événement a attiré beaucoup de monde. Fait rare dans le monde
de la voile, plusieurs médias suisses alémaniques étaient représentés, de même
que des revues économiques habituellement peu intéressées par ce genre d'événements.
Or, malgré cet intérêt croissant, Wavre doit encore trouver 700 000 francs pour
boucler son budget. Le Vendée Globe véhicule une image de haute technologie et
de sport d'élite, mais aussi de rêve et d'aventure. Un panel large, qui a tout
pour séduire.
Un test obligatoire,
aussi spectaculaire qu'essentiel
Ce test spectaculaire,
qui s'est déroulé sous l'oeil des responsables techniques de la classe des monocoques
Open de 60 pieds, est devenu obligatoire pour tous les concurrents du prochain
Vendée Globe. L'objectif prioritaire est de constater que le voilier peut se remettre
d'un chavirage, et poursuivre sa route sous gréement de fortune sans faire appel
aux sauveteurs australiens ou autres, ce qui n'était pas le cas jusqu'alors. Par
ailleurs, il a le mérite de rassurer les assureurs, les sponsors et les médias,
rendus inquiets par les fortunes de mer de ces dernières années. Reste qu'il a
- naturellement - ses limites. Ainsi, le voilier a été démâté avant le test, et
il était entièrement vide. En configuration de course, il serait alourdi par les
provisions, le fuel, les voiles et tout le matériel de rechange. D'un autre point
de vue, le test s'est déroulé par mer plate. S'il y avait eu des vagues propres
à déstabiliser le voilier, «UBP» Serait revenu à l'endroit nettement plus vite.
Ceci compensant cela C.Q.F.D.