VOILE Le Genevois prendra le départ dimanche de la transaten solitaire Plymouth-Newport, qui compte comme qualification pour le Vendée Globe. Compétiteur dans l'âme, il veut faire un résultat.
Ce sera sa première course à bord de son nouveau bateau "Union Bancaire Privée". Et sa première expérience en solitaire sur un monocoque de la catégorie des 60 pieds open.
Dominique Wavre: « Lorsque je suis en mer, je me sens plus extraverti
»
Assis à sa table à cartes, dans l'effervescence des derniers préparatifs, le Genevois nous parle de lui, de cette course, de sa carrière.
Le Temps: Ressentez-vous la pression d'un départ de course?
Dominique Wavre: Non. Je suis calme et j'ai une manière de prendre de la distance pour éviter d'être sous pression. Mais il y a une libération dans le fait de partir. La montagne de petits détails qui restent à régler le sont par définition au moment du départ. Dans ce sens-là c'est un soulagement. Une fois en mer, tu ne sens pas de pression. C'est un équilibre à trouver. Si tu es stressé quand tu riavigues, tu vas faire des erreurs de jugement.
- Ressentez-vous quand même une certaine appréhension?
- Cette course, c'est un e qualification pour le Vendée Globe sans porte de sortie. Philippe Jeantot (ndlr: organisateur du Vendée Globe) met là, pression sur les coureurs. C'est dans ce sens-là que c'est crispant. Nous ne pouvons pas nous concentrer que sur la course. Il y a une confusion entre deux objectifs
et c'est une pression supplémentaire. La priorité est d'arriver de l'autre côté. Mais je suis régatier avant tout et J'ai envie de faire un résultat, même si avec, le Vendée Globe en tête, cela va limiter les prises de risque.
- Vous avez fait la transat Le Havre-Carthagène en double il y a deux ans avec Marc Thiercelin sur un monocoque de 60 pieds open. C'est votre première course en solitaire sur ce type de bateau....
- Cela ne change pas grandchose. Les transats en double sont des transats de deux solitaires avec la sécurité en plus. Là on est seul... avec la sécurité en moins. En cas d e pépin, être deux permet de contrer facilement la chaîne d'avaries. En solitaire, il faut pratiquement arrêter le bateau pour pouvoir réparer. Ce qui rend les choses plus difficiles.
-Vous préféreriez donc faire cette course à deux.
- Tout à fait. je pense que ce serait tout aussi bon au niveau de l'intérêt sportif et bien meilleur au niveau de la sécurité . J'ai indéniablement un faible pour les courses en double. Cela tient aussi au fait que je les fais généralement avec Michèle (ndlr: Paret, sa compagne) et que nous formons un tandem efficace.
- Il se trouve que le Vendée Globe se vit en solo. Pourquoi avoir eu cette envie-là?
- Cela date d'il y a très longtemps. C'est l'idée d'aller jusqu'au bout de ce que je sais faire, de mon expérience de marin. C'est comme viser l'Himalaya lorsque l'on est montagnard.
- Et qu'est-ce qui fait que l'on ait envie de se fixer l'Himalaya comme objectif ?
- C'est une question vitale. Une question d'ambition, de passion et une envie d'aller au bout de ses engagements et de sa manière de voir les choses.
- Vous êtes très calme et posé. Vous n'apparaissez pas a priori comme quelqu'un à la recherche de l'extrême.
- Je suis plus extraverti en mer. J'y suis mieux et m'y exprime mieux. Il ne faut pas oublier que ce type de projet n'est pas celui d'un, seul homme. Il y à une, grosse equipe derrière et il faut être relativement solide et équilibré pour tout mener jusqu'au bout. On parle d'années de préparation, de millions de francs dépensés et de dizaines de pe r- personnes directement impliquées. On ne se lance pas dans une telle aventure en étant un hurluberlu. Le fait d'être un peu posé et d'avoir du recul sur certaines choses est plutôt un atout.
- Comment se traduit votre côté extraverti en mer?
- Comme dit Michèle, c'est impossible de me photographier sur un bateau. Je regarde tout ce qui se passe, je bouge sans cesse. A terre, il m'arrive d'être peu sociable et de tourner les talons si une conversation ne m'intéresse pas. Je suis parfois un peu ours.
- Comme beaucoup de marins ...
- Pour une raison simple. En mer les conventions sociales sont moins marquées. On se sent donc moins tenu de les respecter que sur la terre ferme. On apprend à aller à l'essentiel. En revenant, on est toujours surpris de redécouvrir le nombre de contraintes existant entre les hommes. On s'en accommode, mais lorsqu'on est en mer, dans un milieu naturel, on trouve ça un peu choquant.
- Le Vendée Globe dure trois mois. Pour certains c'est une recherche intérieure. Et pour vous ?
- Pour avoir vécu des Whitbread (ndlr: course autour du monde en équipage avec escale)
et passé plus de 50 jours en mer, je sais que je ne pars pas en introspection. je ne suis pas du tout mystique.Je ne vais pas à la rencontre d'un dieu quelconque.
Isabelle Musy, Plymouth