PARI
RÉUSSI
Wavre peut attaquer le Vendée Globe
Test
de sécurité
Le Genevois est parvenu à redresser son 60 pieds.
Antibes - LiseWyler
Dans le port
d'Antibes, Dominique Wavre et Michèle Paret sont sortis vainqueurs de la délicate
opération de redressement d'Union bancaire privée, retourné au préalable cul par-dessus
tête. C'est le premier redressement effectué uniquement par remplissage des ballasts.
Interview à chaud des deux complices.
- A quoi sert
cette manoeuvre?
- Elle est nécessaire
pour obtenir le certificat de jauge permettant de participer au Vendée Globe.
Nous avons vérifié l'étanchéité et constaté quelques entrées d'eau. Il faudra
donc améliorer certains points. C'est important pour le skipper de visualiser
son bateau à l'envers. Il remarque forcement des détails auxquels il n'avait pas
pensé. Des fuites d'huile et de fuel ont transformé le sol en patinoire. Nous
devrons aussi remédier à ces défauts
- Comment
vous sentiez-vous à l'intérieur?
- Extrêmement
angoissés et stressés, car c'était long (il faut 45 minutes pour remplir les ballasts).
Nous nous faisions des sourires et des gags nerveux. Nous avons passé une tonne
de temps à éponger! Nous nous sommes tombés dans les bras quand c'était terminé.
Nous avons beaucoup appris, surtout à raisonner correctement dans un monde à 180
degrés et à nous déplacer dans un espace sens, dessus dessous. Nous avons remarqué
qu'il y a encore beaucoup de Plomberie à revoir...
- Votre état
d'esprit actuel?
- Cela nous a
rassurés de vivre ce test et de voir ainsi la sécurité renforcée. Psychologiquement,
ça va mieux que tout à l'heure. Et Dominique ajoute: «Je peux partir tranquille,
avec la certitude d'être autonome et de m'en sortir par moi-même en cas de chavirage,
sans devoir demander l'assistance de la marine australienne>
- Vos projets
immédiats?
- jusqu'à mi-avril,
nous resterons à Antibes où nous avons été chaleureusement accueillis et où nous
disposons de bonnes structures techniques. Nous finirons la mise au point, la
préparation et l'aménagement par rapport au test de redressement. Le projet avance
bien car il est mené par une petite équipe très soudée.
- Quand se
dérouleront les prochaines compétitions?
- Le 4 juin,
la Transat anglaise en solo partira de Plymouth pour Newport (Europe 1 New man
Star). Nous serons en Angleterre quinze jours avant le départ pour mettre le bateau
en conformité à la jauge de cette compétition. La traversée de l'Atlantique Nord
se court au près et dure entre dixsept et vingt jours. Pour les 60 pieds, ce sera
le premier grand rendez-vous. Ensuite, il est possible qu'une course retour en
équipage soit organisée pour les bateaux du Vendée Globe, sur le parcours Newport-Brest,
afin d'arriver pour les festivités de Brest 2000 (grand rassemblement d'anciens
bateaux). Une quinzaine de 60 pieds de l'ancienne et nouvelle génération pourront
ainsi se confronter et comparer leur potentiel.
- Alors, il
y aura aussi des navigations en équipages?
- Oui et pour
finir de tester le bateau, nous allons le pousser et le tirer au maximum pour
finir de casser tout ce qui doit lêtre. Après, UBP sera mis en chantier pour subir
tous les travaux nécessaires pour prendre, dans les meilleures conditions, le
départ du Vendée Globe, le 5 novembre aux Sables-d'Olonne.
- Comment
vous situez-vous par rapport aux autres concurrents?
- Nous avons
le bateau le plus puissant et la Transat constituera une bonne épreuve. Le matériel
est totalement fiable pour affronter les performances qui l'attendent. Nous avons
beaucoup navigué en Méditerranée ces derniers mois. Il ne servait à rien de rester
à Cherbourg dans les tempêtes hivernales.
- Et les finances?
- Le projet est
basé sur un budget de 2 millions et il manque encore 700 000 francs pour le boucler.

UPB
ne se retourne pas comme une crepe
MANOEUVRE
Chavirer et redresser un bateau exige beaucoup de doigte.
Dans les eaux
glauques (à 13 degrés) du port d'Antibes, Union bancaire privée, le 60 pieds de
Dominique Wavre est amarré au quai sans son mât. Un camion grue déploie son bras
où pendent des sangles. Pendant ce temps, Michèle Paret se glisse dans la cambuse.
Des plongeurs installent les sangles autour du bulbe et très lentement, la grue
soulève le 60 pieds qui s'éloigne de la rive. Le bateau atteint presque la verticale,
quand les sangles glissent et le bateau, dans un splash magistral, retrouve son
assiette, il revient à l'endroit. Secouée comme dans un shaker, Michèle s'est
heureusement cramponnée à des cordages. Elle est indemne, comme le bulbe qui aurait
pu aller se fracasser sur le quai. Patiemment, toute l'opération est reprise à
zéro et la grue de 80 tonnes parvient en douceur à faire pivoter les 8,5 tonnes
du bateau (coque et quille). Une fois la quille fluorescente et les safrans en
l'air, la sangle est retirée du bulbe afin de libérer le bâtiment.
Longue remise
sur pattes
Par la porte
de sécurité située dans la poupe, Dominique Wavre monte à bord. Il est relié par
radio à l'architecte Pascal Conq et à Halvard Mabire, navigateur très expérimenté.
Il devrait commenter les opérations, mais il a trop à faire et n'a pas le temps
de parler. Afin que le bateau se remette à l'endroit, les occupants enclenchent
une pompe électrique qui aspire l'eau de mer pour remplir les ballasts d'une contenance
de 3000 litres. Le suspense est total... L'attente dure longtemps. Les yeux rivés
sur la coque, le public essaie de constater le progrès de la manoeuvre. Insensiblement,
la quille prend un air penché et tout à coup, après au moins 45 minutes de patience,
le bateau se remet sèchement sur ses pattes, sous les applaudissements des spectateurs.
C'est la première fois que le public est convié à une telle manifestation. Habituellement,
elle se déroule confidentiellement, car imaginons qu'elle rate...
Plus facile
en haute mer
«Dans une mer
agitée, UBP serait revenu plus rapidement dans sa position normale, explique Dominique
Wavre. Les vagues auraient contribué à le renverser. J'ai finalement dû donner
des coups de fesse pour accélérer le mouvement. Sur une eau lisse, c'est presque
une démonstration par l'absurde.»
L'évacuation
de l'eau n'était pas parfaite et de gros craquements ont causé des craintes au
skipper qui pense qu'il n'a pas fini de jouer au plombier sur un tel type de bateau.
Il va également rédiger un pense-bête afin d'automatiser ses actions en cas de
chavirage. Pleine d'enseignement, la manceuvre a donc aussi renforcé la confiance
du skipper dans les capacités de redressement de sa bête de course.
L.W.