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24 Mars 2000

PARI RÉUSSI
Wavre peut attaquer le Vendée Globe

Test de sécurité
Le Genevois est parvenu à redresser son 60 pieds.

Antibes - LiseWyler

Dans le port d'Antibes, Dominique Wavre et Michèle Paret sont sortis vainqueurs de la délicate opération de redressement d'Union bancaire privée, retourné au préalable cul par-dessus tête. C'est le premier redressement effectué uniquement par remplissage des ballasts. Interview à chaud des deux complices.

- A quoi sert cette manoeuvre?

- Elle est nécessaire pour obtenir le certificat de jauge permettant de participer au Vendée Globe. Nous avons vérifié l'étanchéité et constaté quelques entrées d'eau. Il faudra donc améliorer certains points. C'est important pour le skipper de visualiser son bateau à l'envers. Il remarque forcement des détails auxquels il n'avait pas pensé. Des fuites d'huile et de fuel ont transformé le sol en patinoire. Nous devrons aussi remédier à ces défauts

- Comment vous sentiez-vous à l'intérieur?

- Extrêmement angoissés et stressés, car c'était long (il faut 45 minutes pour remplir les ballasts). Nous nous faisions des sourires et des gags nerveux. Nous avons passé une tonne de temps à éponger! Nous nous sommes tombés dans les bras quand c'était terminé. Nous avons beaucoup appris, surtout à raisonner correctement dans un monde à 180 degrés et à nous déplacer dans un espace sens, dessus dessous. Nous avons remarqué qu'il y a encore beaucoup de Plomberie à revoir...

- Votre état d'esprit actuel?

- Cela nous a rassurés de vivre ce test et de voir ainsi la sécurité renforcée. Psychologiquement, ça va mieux que tout à l'heure. Et Dominique ajoute: «Je peux partir tranquille, avec la certitude d'être autonome et de m'en sortir par moi-même en cas de chavirage, sans devoir demander l'assistance de la marine australienne>

- Vos projets immédiats?

- jusqu'à mi-avril, nous resterons à Antibes où nous avons été chaleureusement accueillis et où nous disposons de bonnes structures techniques. Nous finirons la mise au point, la préparation et l'aménagement par rapport au test de redressement. Le projet avance bien car il est mené par une petite équipe très soudée.

- Quand se dérouleront les prochaines compétitions?

- Le 4 juin, la Transat anglaise en solo partira de Plymouth pour Newport (Europe 1 New man Star). Nous serons en Angleterre quinze jours avant le départ pour mettre le bateau en conformité à la jauge de cette compétition. La traversée de l'Atlantique Nord se court au près et dure entre dixsept et vingt jours. Pour les 60 pieds, ce sera le premier grand rendez-vous. Ensuite, il est possible qu'une course retour en équipage soit organisée pour les bateaux du Vendée Globe, sur le parcours Newport-Brest, afin d'arriver pour les festivités de Brest 2000 (grand rassemblement d'anciens bateaux). Une quinzaine de 60 pieds de l'ancienne et nouvelle génération pourront ainsi se confronter et comparer leur potentiel.

- Alors, il y aura aussi des navigations en équipages?

- Oui et pour finir de tester le bateau, nous allons le pousser et le tirer au maximum pour finir de casser tout ce qui doit lêtre. Après, UBP sera mis en chantier pour subir tous les travaux nécessaires pour prendre, dans les meilleures conditions, le départ du Vendée Globe, le 5 novembre aux Sables-d'Olonne.

- Comment vous situez-vous par rapport aux autres concurrents?

- Nous avons le bateau le plus puissant et la Transat constituera une bonne épreuve. Le matériel est totalement fiable pour affronter les performances qui l'attendent. Nous avons beaucoup navigué en Méditerranée ces derniers mois. Il ne servait à rien de rester à Cherbourg dans les tempêtes hivernales.

- Et les finances?

- Le projet est basé sur un budget de 2 millions et il manque encore 700 000 francs pour le boucler.

 

UPB ne se retourne pas comme une crepe

MANOEUVRE Chavirer et redresser un bateau exige beaucoup de doigte.

Dans les eaux glauques (à 13 degrés) du port d'Antibes, Union bancaire privée, le 60 pieds de Dominique Wavre est amarré au quai sans son mât. Un camion grue déploie son bras où pendent des sangles. Pendant ce temps, Michèle Paret se glisse dans la cambuse. Des plongeurs installent les sangles autour du bulbe et très lentement, la grue soulève le 60 pieds qui s'éloigne de la rive. Le bateau atteint presque la verticale, quand les sangles glissent et le bateau, dans un splash magistral, retrouve son assiette, il revient à l'endroit. Secouée comme dans un shaker, Michèle s'est heureusement cramponnée à des cordages. Elle est indemne, comme le bulbe qui aurait pu aller se fracasser sur le quai. Patiemment, toute l'opération est reprise à zéro et la grue de 80 tonnes parvient en douceur à faire pivoter les 8,5 tonnes du bateau (coque et quille). Une fois la quille fluorescente et les safrans en l'air, la sangle est retirée du bulbe afin de libérer le bâtiment.

Longue remise sur pattes

Par la porte de sécurité située dans la poupe, Dominique Wavre monte à bord. Il est relié par radio à l'architecte Pascal Conq et à Halvard Mabire, navigateur très expérimenté. Il devrait commenter les opérations, mais il a trop à faire et n'a pas le temps de parler. Afin que le bateau se remette à l'endroit, les occupants enclenchent une pompe électrique qui aspire l'eau de mer pour remplir les ballasts d'une contenance de 3000 litres. Le suspense est total... L'attente dure longtemps. Les yeux rivés sur la coque, le public essaie de constater le progrès de la manoeuvre. Insensiblement, la quille prend un air penché et tout à coup, après au moins 45 minutes de patience, le bateau se remet sèchement sur ses pattes, sous les applaudissements des spectateurs. C'est la première fois que le public est convié à une telle manifestation. Habituellement, elle se déroule confidentiellement, car imaginons qu'elle rate...

Plus facile en haute mer

«Dans une mer agitée, UBP serait revenu plus rapidement dans sa position normale, explique Dominique Wavre. Les vagues auraient contribué à le renverser. J'ai finalement dû donner des coups de fesse pour accélérer le mouvement. Sur une eau lisse, c'est presque une démonstration par l'absurde.»

L'évacuation de l'eau n'était pas parfaite et de gros craquements ont causé des craintes au skipper qui pense qu'il n'a pas fini de jouer au plombier sur un tel type de bateau. Il va également rédiger un pense-bête afin d'automatiser ses actions en cas de chavirage. Pleine d'enseignement, la manceuvre a donc aussi renforcé la confiance du skipper dans les capacités de redressement de sa bête de course.

L.W.

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