Billet d'humeur N°240

Les coûts et leurs limites

C’est dans lair du temps. La formule 1 a réussi une conversion importante, elle limite désormais le gaspillage de pneus et de moteur éhonté qui était la règle jusqu'à l'année passée, en obligeant les écuries à plus de fiabilité sur ces pièces mécaniques essentielles. Comme la Formule 1, la voile est un sport dispendieux. C'est un frein objectif à son développement et je pense que c'est une tendance qui va durer.

Des bâteaux aux coûts dispendieux

© My Image / Schiller et von Siebenthal

La classe qui gère les monocoques Open 60 a, elle aussi, décidé de limiter les possibilités d'évolution des appendices des bateaux destinés au tour du monde. Les trimmers et autres flettners sur les dérives sont interdits, ainsi que leur pivotement dans les puits. Les quilles ne peuvent bouger à la fois en latéral et en longitudinal, et le tungstène n’est pas autorisé dans les bulbes des nouveaux bateaux. Cela parait contradictoire avec l'évolution technique d'une série Open, mais ces axes de recherche techniques sont très coûteux, les mise en oeuvre délicates, et la maintenance compliquée. Jean Le Cam le disait dernièrement, «ne nous obligez pas à passer notre temps au chantier, par pitié...». Par ces contraintes on évite aussi l'installation de systèmes fragiles et cassants.

Sur le Léman, le passage des multicoques de 14 mètres 20 aux Décision 35 participe au même mouvement d'humeur par rapport aux coûts induits par la construction navale. Cette volonté évidente de limiter les coûts architecturaux des bateaux est devenue une évidence à la lumière des déboires des classes Open chez les multicoques, qui voient le nombre de bateaux diminuer chaque année, au risque de voir la série disparaître dans les années à venir. Toutes les séries de courses, monotypes ou Open, cherchent ainsi à limiter le recours au porte-monnaie pour favoriser la confrontation sportive.

Même la Coupe de l'America, en limitant un peu le nombre de voiles et de bateaux par équipe et par campagne, cherche à limiter un peu le coût technique des défis, elle n'a pas restreint les coûts logistiques ou humains. Et pourtant la limitation des budgets n'est pas caractéristique de la Coupe de l'America, alors, si ces restrictions n'avaient pas été introduites, Dieu sait ce que certains auraient pu dépenser pour gagner... Dans ce domaine particulier, lorsqu'un multimilliardaire a décidé que le budget serait quasiment illimité, (ou, dans le langage de la coupe, ne devrait pas être un frein à la performance...), il trouve toujours le moyen de dépenser son argent... ou faire dépenser celui des autres!

Notre sport a une part de spectaculaire qui lui sied bien, mais l'esprit sportif doit prédominer pour notre passion à tous. La surenchère financière peut étouffer certaines séries. II est parfois bon de ne pas trop écouter les architectes navals... qui se font plaisir ou détriment de l'intérêt de la régate pure. A mon sens, la débauche d'argent que l'on voit parfois autour de nos régates, si elle permet à certains de démontrer leur opulence, nuit à long terme à la pratique de notre sport, en écartant ceux pour qui seul le talent, l'entraînement et finalement le sport, comptent.

Dominique Wavre