Billet d'humeur n°241

Responsabilité et sécurité: une antinomie ?

La sécurité des navigateurs a longtemps été une question de sens marin. A notre époque de bureaucratie aiguë, n’est-elle pas en train de devenir une affaire de réglementation, de matériel embarqué, de permis obtenus ? La question parait saugrenue, mais elle mérite réflexion.

Le matériel demandé au départ d’une transat est surabondant.
Il faut désormais embarquer un canon lance amarre (250 m), une VHF sur les fréquences de l’aviation en plus des deux VHF maritimes, un deuxième BIB de secours, trois balises de détresse, une bouteille de plongée et son détendeur, un Iridium portable de secours en plus de celui du bord, un transpondeur radar actif et un autre passif, etc. Il y a même une obligation d’embarquer des sous-vêtements de rechange dans le sac de survie…
Cette panoplie impressionnante, coûteuse, parfois fragile et surtout redondante constitue une belle part du budget de course qui part en balise et radio diverses. La semaine qui précède le départ, des inspections minutieuses sont organisées afin de vérifier si jamais une pile de rechange a pu être oubliée pour alimenter tout ce matériel.
Tant pis si, pour certains instruments leur pratique n’est pas autorisée (VHF aviation pour les marins sans licence aviation) ou si cela ne sert à rien (les avions et hélicos chargés des recherches en mer sont bien sûr équipés des fréquences marine). Enfin, les organisateurs obligent chaque navigateur à signer un papier qui précise de toutes les manières possibles dans toutes les langues qu’ils ne seront responsables en aucun cas, à quelque moment que ce soit et qu’ils seront inattaquables.
Alors quoi, la sécurité vue du côté des organisateurs, consiste désormais à se laver de toute responsabilité à coup de règlement et à se donner bonne conscience en obligeant les marins à embarquer tous ce que les catalogues des shipchandlers proposent sur la sécurité? Cette tendance se généralise, probablement à cause du principe de précaution cher aux juristes qui cherchent à protéger leurs clients.
Mais voilà, on aboutit petit à petit à déresponsabiliser tout le monde et à oublier quelques principes de base: la sécurité, c’est une priorité. C’est celle du chef de bord, elle se  construit avec l’expérience. C’est une affaire de sens marin avant tout !

 
 

La sécurité sur nos lacs

A l’opposé, en Suisse il est interdit d’embarquer une VHF, sous je ne sais trop quel prétexte de réservation de fréquence par l’administration, la destinant à l’usage exclusif des sauveteurs, alors que nos voisins français l’utilisent largement. Conséquence: de nombreux pratiquants du lac ont vécu des naufrages dramatiques sans pouvoir demander de l’aide avant l’apparition récente des téléphones mobiles. Ainsi, nos chères autorités portent allégrement sur leur épaules la responsabilité d’un certain nombre de noyade ce dernier
demi-siècle…
Voilà bien l’exemple d’un règlement qui aurait du changer…