Billet d'humeur n°242

Monocoques et multicoques, une lutte fratricide

 

Lorsqu’un spectateur assiste au départ d’une transat, tout parait harmonieux. Organisateurs, sponsors et coureurs apparaissent pleinement heureux de la manière dont les courses s’organisent. En réalité, des luttes d’influences souterraines précèdent l’organisation des départs, des courses accueillent à la fois des monocoques et des multicoques, dans plusieurs catégories de longueur.

Trois grands rendez-vous de la course au large mixent les flottes sur des parcours similaires: la Route du Rhum, la Transat Jacques Vabres et The Transat (ex-Ostar ou Transat anglaise). Historiquement, la comparaison des monocoques et des multicoques est passionnante.
Chacun se souvient de l’infime écart qui séparait Mike Birch de Michel Malinovski à l’arrivée de la Route du Rhum 1978 ou de la bagarre entre Alain Colas et Eric Tabarly à la Transat anglaise 1976. Mais les bateaux ont bien évolué depuis. La limitation de taille pour chacune des flottilles à 18 mètres de long (60 pieds) a creusé les écarts en performance. A mon sens, la comparaison entre monocoques et multicoques n’a plus lieu d’être et revient à comparer le foot au rugby!


Désormais, les flottilles demandent une couverture médiatique importante et il existe une lutte d’influence économique quasi fratricide entre les monocoques et les multicoques de 60 pieds pour prendre un départ sous les caméras de télévision le dimanche en milieu de journée.

Cela se comprend. Les budgets de course enflent, les sponsors demandent toujours plus de retombées, et la dilution de l’impact sur les médias augmente avec la diversité des flottes engagées. Au point que lors de la Route du Rhum et de la Transat Jacques Vabre, les multicoques de l’ORMA ont réussi à écarter les autres séries du départ dominical sous les caméras des télévisions françaises au détriment des monocoques et des Multis de 50 pieds qui partent le samedi. La course lancée, le regard journalistique se porte inévitablement vers ceux qui seront aussi les premiers à franchir la ligne d’arrivée, les multicoques de 60 pieds, qui accaparent ainsi le suivi médiatique. Les monocoques se retrouvent dès lors les parents pauvres de ces transats françaises, bien qu’ils paient les mêmes droits d’entrées (10 000 euros, ce n’est pas rien…). Je pense que la course océanique va évoluer: les monocoques vont bientôt pouvoir privilégier un choix de courses qui leur sont exclusivement réservées. La mixité forcée des deux flottilles va probablement disparaître, à moins que les organisateurs n’aient l’intelligence de regrouper à nouveau les départs et d’harmoniser les parcours pour que tout le monde arrive en même temps… (Je suis un rêveur!) En fait, seule la Transat anglaise persiste à nous faire partir en même temps, sur une ligne de départ à secteur, comme au Bol d’Or du Lac Léman!
Mais place à la course, le vrai organisateur, c’est le vent… et il n’est influencé par rien, ni personne!  

 

Une occasion manquée

Au départ de la Transat Jacques Vabre 2003, une dépression très creuse a bouleversé les départs. Les multicoques de 60 pieds ont demandé à retarder leur départ pour des raisons de sécurité. Les monocoques sont partis à l’heure, mais accompagnés, à ma grande surprise, par les multicoques de 50 pieds. Ceux-ci ont subi la tempête annoncée et tous ont abandonné. Lors de la course, le parcours plus long des multicoques et leur départ retardé favorisaient une arrivée groupée des deux flottilles à Bahia. Mais les organisateurs ont encore cédé aux intérêts des multicoques de 60 pieds.
En supprimant une marque de parcours ce qui permettaient aux multicoques d’arriver avant le premier monocoque. Une occasion perdue pour remettre les intérêts des deux flottes au même niveau à l’arrivée!