Billet d'humeur n°243
Multicoques ORMA, Volvo 70
NE TIREZ PAS SUR L’AMBULANCE !
Les nombreuses avaries de voiliers sur la Transat Jacques Vabre et les deux premières étapes de la Volvo Round The World Race, ont soulevé de nouvelles questions dans les éditoriaux de nos revues de voile, sur l’avenir des innovations technologiques de la course au large. Un questionnement bien légitime quand on compare les budgets engagés face aux retombées médiatiques. Certains éditorialistes tirent à boulets rouges sur les multicoques ORMA.
Ils accusent ces victimes, encore une fois toutes désignées, des mêmes tares qu’il y a trois ans, à l’issue d’une Route du Rhum catastrophique. (Même si les multicoques sont passés sans encombre à travers la très dure Transat anglaise en 2004.)
Pourtant, n’oublions pas que ces engins sont incroyablement rapides et qu’ils ont la lourde tâche de nous montrer comment naviguer à plus de 30 noeuds, comment résister à l’impact des vagues, comment gérer le stress des hautes vitesses. Les tests de matériel effectués sur les multicoques sont impitoyables. Et les développements techniques initiés par les équipes sont immédiatement utiles dans les autres séries. Les avancées techniques de ces bateaux d’exception nous servent à tous.
A l’heure où j’écris ces lignes, 24 heures après le départ de la 2e étape de la Volvo, deux bateaux sont déjà hors course, comme après le départ de la première étape! C’est quand même un comble de voir de belles compétitions devenir inintéressantes, faute de concurrents valides! Pour les initiés, ces bateaux, bourrés de technologies sont passionnants! Naviguer à bord procure des sensations uniques. Mais le grand public de la course au large ne s’y retrouve visiblement pas.
Or, nos sponsors veulent avant tout susciter l’intérêt des spectateurs, et ceux-ci se passionnent plus pour les histoires d’hommes, pour les confrontations des personnalités, pour les affrontements entre nations.
La technique est un support, elle n’est pas l’essence de la passion du grand public.
Rappelons-nous que le départ de Russel Coutts du team Alinghi a généré mille fois plus de presse que les grandvoiles à corne ou les barres de flèches pliantes. De même à l’arrivée du Vendée Globe, le public s’est surtout passionné pour les personnalités des Riou, Le Cam et Golding. Bien peu ont fait état des différences technologiques de leurs bateaux et de leurs gréements. A mon sens, il faudra revenir à des bateaux plus sûrs. Les voiliers du futur devront être capables de supporter la haute mer, en abaissant les hauteurs de mât des Multicoques Orma 60, en obligeant les équipes à stopper la course à l’armement, en renforçant les plateformes. Les skippers ont largement les compétences et la vision à long terme nécessaires pour que les régates au large ne se courent plus par élimination.
J’espère surtout qu’il n’est pas trop tard et que la prochaine route du Rhum ne sera pas le chant du cygne de ces merveilleux engins…
Dominique Wavre
