Billet d'humeur n°245
Nostalgie
OUI, LES BATEAUX ONT UNE ÂME!
Il est facile de comprendre que nous soyons passionnés de voile, sensibles aux paysages marins et lacustres, avides de la liberté des grands espaces marins. Mais comment comprendre cette boule dans la gorge quand vient le moment de se séparer d’un bateau?
Le psychologue nous expliquera peut-être que le bateau symbolise la maison, la coquille protectrice de notre enfance, la grotte-refuge, chargée de nous protéger du monde extérieur et de nous maintenir en vie quand la tempête fait rage?
L’historien vous parlera des guerres gagnées en mer, de Trafalgar à la bataille du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale.
L’économiste vous expliquera que le commerce mondial passe par les océans, que le tonnage déplacé et les échanges entre les continents permettent à nos économies de fonctionner, que les infrastructures portuaires mondiales sont plus importantes pour la survie économique de la planète que tous les aéroports…
Mais pourquoi donc cet attachement viscéral au petit voilier qui nous attend au port, sur lequel on sait bien que l’on ne navigue pas assez, mais qui est «mon bâteau»? Et bien, il transporte nos rêves, nos désirs d’évasion, nos libertés. Amarres larguées, tout est payé, disaient les anciens. L’embarqué échappait ainsi à ses créanciers, la mer pardonnait les incartades des marins à terre.
Pour nous aussi, hommes «modernes» préoccupés par une bureaucratie envahissante, accablés de devoirs professionnels,
familiaux, affectifs et autres, larguer les amarres de son bateau nous fait retrouver le sens de certaines valeurs essentielles, qui nous fascinent et qui nous confortent dans l’idée que notre bateau est une «terre d’accueil» pour nos espoirs, nos rêves et pour certains, pour notre destin.
Un de mes amis a laissé ce message sur son téléphone portable lorsqu’il s’est éteint: «Désolé, je suis en mer, laissez
un message, je vous rappellerai…»
Continuons à donner de l’âme à nos bâteaux, du sens à leurs vies, chargeons-les de ces émotions trop rares qui donnent du sens à nos navigations. Et choyons nos bateaux, les terriens ne peuvent pas comprendre…
Dominique Wavre
