Jeudi 11 décembre 2008

 

Premier iceberg sur la flotte

 

Quoi de mieux qu'une petite chaufferette pour réchauffer des doigts engourdis par le froid ?
Temenos

© Wavre

Si le démâtage de Loick Peyron a jeté un froid sur la flotte, pour autant à en juger par les vitesses tenues par les leaders au classement de 16h00, la prise de conscience n’aura eu qu’un temps au sein des skippers de la flotte. Au fil des milles parcourus, l’émulation joue à plein, et l’on voit mal ce qui pourrait venir infléchir le rythme infernal de ce Vendée Globe.

Lors d’un contact avec son équipe à terre, Dominique regrettait le retrait de la compétition de Gitana Eighty, car même si son skipper n’avait pas encore fait part officiellement de son abandon on voit mal comment il pourrait en être autrement. « Loick a été un grand animateur de la course, c’est très triste de le voir quitter le Vendée Globe de cette façon-là. »

Pour les 23 autres skippers la course continue. A bord des bateaux, le froid et l’humidité poursuivent leur offensive commune. Les manœuvres se font au prix d’une importante dépense énergétique, et les skippers mettent de longues minutes avant de se réchauffer. Les skippers engourdis par le froid réfléchissent à deux fois avant de se lancer dans un changement de voile, et les temps de manœuvre se rallongent. « A vent égal c’est incroyable la différence de temps entre une manœuvre dans  les alizés et dans le grand Sud » précisait Roland Jourdain lors d’une vacation. Armel Lecleac’h quant à lui, s’attendait à voir sa barbe pousser, lui, qui sur le ton de la plaisanterie précisait il y a quelques jours, ne pas pouvoir se résoudre à ôter « une couche de poils qui lui tenait chaud ».

Descendu jusqu’au 52ème Sud dans la journée, le discours était guère différent à bord de Temenos II.  Son skipper pourtant habitué à la rigueur des hivers suisses, commençait avec son bord prolongé au Sud à ressentir les piqûres du froid. « Ca caille ! Dès qu’on descend en latitude on sent bien la différence, on sent le bateau se refroidir aussi, l’atmosphère est glaciale et saturée à 200% d’humidité et pour en rajouter encore, de temps en temps il y a un petit nuage de pluie. »

Les réponses aux attaques du froid sont bien limitées à bord de ces coques en carbone spartiates. Pour aujourd’hui Dominique reconnaissait avoir sorti les grands moyens : superposition maximale de vêtements polaires, café chaud, repas riche en calories, petite chaufferette chimique pour réchauffer des mains glacées par une eau de mer à 3°C,  « la parfaite panoplie grand Sud » à en croire le skipper. Si la gestion du matériel centralise les débats, la gestion physique du marin ne doit pas être laissée pour compte. « Le froid complique un peu la vie. Dès qu’on se lance dans la moindre petite manœuvre, on rentre avec les mains gelées. On sent presque physiquement les calories s’envoler, c’est important de bien manger et de se couvrir pour ne pas trop perdre d’énergie. Ce matin je suis allé au pied de mât pour un prendre un ris, je me suis fait copieusement arroser, je suis rentré avec les extrémités gelées. Durant la manœuvre tu arrives à avoir chaud mais c’est encore pire car ta transpiration se refroidit très vite et rajoute à la sensation de froid. Je me force parfois un peu à manger, car c’est un moyen efficace pour se réchauffer. »

Par 52°S "Ca caille" à bord de Temenos II
Temenos

© Wavre

Sans trop d’hésitation, un passage dans le Sud de l’archipel des Kerguelen semble se dessiner pour la première partie de la flotte. Assez rapidement ensuite, une solide dépression générant des vents violents, devrait rejoindre les bateaux. Mais pour l’heure Dominique encore à 500 milles environ des îles, devait composer avec un flux d’Ouest qui allait vraisemblablement obliger le skipper à un nouvel empannage. « Il y a un bon vent en ce moment, entre 20 et 30 nœuds, on risque d’être un peu ralentis au passage des Kerguelen par une petite molle localisée que les premiers n’auront pas. Je devrais y être demain soir. Après ça il faudra gagner au Nord rapidement pour échapper au plus fort de la dépression qui arrive. Ce matin la mer était assez croisée et j’ai pris deux belles déferlantes sur le côté du bateau. Depuis la mer s’est organisée un peu, elle est plus régulière mais malgré tout ca reste très moyennement confortable ! C’est assez désagréable de naviguer à la limite du vent arrière avec nos bateaux, l’écoulement n’est pas laminaire dans les voiles et la poussée n’est pas constante. Avec les vagues on arrive à faire de grands surfs à 20 nœuds mais immédiatement après le bateau retombe à 10,12 nœuds. »

Premier bateau à voir un iceberg par 51°09S et 61°02E, estimé entre 30 et 40 mètres de long, Michel Desjoyeaux prévenait la direction de course dans la journée. Si pour l’heure Dominique n’était pas encore arrivé sur la zone, le skipper ne devait pas relâcher sa vigileance pour autant. Un objet flottant non identifié avait été signalé sur la route de Temenos II. Qu’il s’agisse d’un iceberg, ou d’un bateau de pêche, ce que n’avaient semble t-il pas permis de préciser les observations satellites, Dominique allait devoir redoubler de vigileance. Dans la nuit noire avec une visibilité quasiment nulle, le skipper prévoyait de se consacrer à une veille radar scrupuleuse dans ces prochaines heures.

 

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Classement 16h00

Rang

Skipper

Bateau

Ecart / 1er 
(MN) 

Depuis 1h /
Since 1 h

Vitesse
(Nds)

Cap
(Deg)

Rk

Skipper

Boat

Dist. to leader (NM)

Speed
(Kts)

Course (Deg)

1 Dick Jean-Pierre Paprec-Virbac 2 0 18,7 78
2 Desjoyeaux Michel Foncia 31 18,3 81
3 Jourdain Roland Veolia Environnement 31,3 18,1 91
4 Golding Mike Ecover 33,5 17,5 93
5 Josse Sébastien BT 48,7 15,9 95
6 Le Cam Jean VM Matériaux 77,6 19,2 94
7 Riou Vincent PRB 125,4 14,8 98
8 Le Cléac’h Armel Brit Air 141,3 16,2 83
9 Eliès Yann Generali 195,8 13,2 88
10 Guillemot Marc Safran 217,4 17,1 85

11

Wavre Dominique

Temenos II

245,8

16,2

87

12 Peyron Loïck Gitana Eighty 354,3 7,8 62
13 Thompson Brian Bahrain Team Pindar 558,3 14,6 95
14 Stamm Bernard Cheminées Poujoulat 584,2 16,2 87
15 Davies Samantha Roxy 651,8 14,9 96
16 Caffari Dee Aviva 831,6 14,9 103
17 Boissières Arnaud Akena Vérandas 852,6 15,7 94
18 White Steve Toe in the Water 1137,3 13,1 81
19 Malbon Jonny Artemis 1274,8 9 107
20 Wilson Rich Great American III 1447,5 12 100
21 Dejeanty Jean-Baptiste Groupe Maisonneuve 1598,3 14,1 106
22 Hatfield Derek Algimouss Spirit of Canada 1972,2 13,2 100
23 Dinelli Raphaël Fondation Océan Vital 2388,5 10,3 78
24 Sedlacek Norbert Nauticsport-Kapsch 2440,7 9,5 143

 

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