Samedi 13 décembre 2008

 

Refuge aux Kerguelen

 

Dominique tire le bilan de cette triste journée devant la caméra du bord
Temenos

© DOMINIQUE WAVRE

Déception et tristesse étaient perceptibles dans la voix de Dominique interrogé aujourd’hui à la vacation du PC presse, mais comment pourrait-il en être autrement ?  C’est la mort dans l’âme que le skipper voyait des mois pour ne pas dire des années de préparation partir brutalement en fumée.

A la bagarre avec Marc Guillemot et Yann Elies à qui depuis plus de deux jours il reprenait des milles, allant même jusqu’à passer Generali au classement de 16h00 d’hier, Dominique semblait particulièrement épanoui  de goûter pour la 8ème fois au sel de ces mers australes qu’il affectionne tant. On devine que la déception en aura été d’autant plus grande.

Lors de sa vacation, le skipper racontait comment il avait été  brusquement « alerté par un énorme coup de gîte du bateau retrouvé couché sur le flanc ».  S’il avait d’abord pensé à un départ à l’abattée, une fois sur le pont il comprenait immédiatement que le diagnostic était bien plus sérieux. « Au moment où la quille a cassé j’étais à haute vitesse, je me suis retrouvée à l’intérieur à devoir grimper sur les murs, je suis sorti dehors pour choquer les écoutes mais impossible de faire revenir le bateau droit. Je suis allé voir la tête de quille à l’intérieur du bateau, j’étais stupéfait, la quille était libre dans son puits, je n’en croyais pas mes yeux, la tête de quille avait complètement explosé, il y avait des petits morceaux de carbone  partout. J’ai réussi à rouler le grand gennaker, et à redresser le bateau sous grand-voile seule. J’ai prévenu la direction de course et mon équipe, puis j’ai essayé de progressivement remettre le bateau en route avec tous les ballasts remplis sans brusquer la quille, en direction du Nord. »

Désormais dépourvue de retenues latérales,  la quille joue les pendules sous la coque du bateau. Accentués par l’état de la mer, ces mouvements s’ils venaient à dépasser les 45° d’angle, pourraient engendrer d’importants dégâts structurels au niveau du fond de la coque du bateau allant jusqu'à entrainer une voie d’eau. « La quille oscille librement, si elle dépasse 45° d’angle elle peut casser le fond de coque et risquer de faire couler le bateau. »

A l’abri du fort coup de vent à venir dans le golfe du Morbihan aux Kerguelen, le skipper et son bateau sont sortis d’affaire. Cette dernière nuit à bord du monocoque "blessé" avait été particulièrement longue pour son skipper ; Contrairement à la nuit précédente où, à l’affût des glaces signalées non loin du monocoque le skipper n’avait que très peu quitté son radar des yeux, cette fois c’était au niveau du boîtier de quille que s’étaient focalisées toutes ses attentions.

Pour l’aider dans cette difficile épreuve, de nombreux messages de soutien  étaient acheminés à bord du bateau, et plus encore qu’une bonne tasse de café, ces encouragements avaient considérablement aidé le moral un peu bancal du skipper. « J’ai fait un peu mon deuil de la course, j’en suis plus que triste. J’ai reçu de très nombreux messages de soutien sur mes mails et j’ai eu un coup de fil très chaleureux de mon sponsor, qui m’a fait beaucoup de bien, ça a été très important pour moi et je tenais à remercier tout le monde pour ça, ça m’aide énormément. Je n’oublie pas que si je suis ici, c’est grâce au soutien des gens qui m’ont amené jusque-là, à mon sponsor, mes amis, mes partenaires et aussi à tous les anonymes qui nous suivent.  »

Durant ces prochains jours, en coordination avec l’architecte du bateau et le concepteur de la quille, et grâce à l’aide précieuse des personnes présentes sur place, Dominique devra essayer de mettre en place un système d’immobilisation de la quille.  Par 49 °Sud, au beau milieu de l’océan Indien, on devine que les moyens dont disposera le skipper seront limités. « On va essayer de trouver un moyen provisoire d’immobiliser la quille, je ne sais pas encore trop ce que l’on va devoir inventer, le but est que je puisse repartir dans des conditions les plus sures possibles. »

Le skipper devra ensuite attendre une bonne fenêtre météo pour espérer rallier le Sud de l’Australie, avant de pouvoir envisager de regagner La Rochelle vraisemblablement à bord d’un cargo. Pour l’heure aucun diagnostic n’avait pu être posé sur l’avarie et à ce stade aucune réparation ne saurait être envisagée sans une expertise minutieuse et l’aval des professionnels concernés.

Amarré à 14h30 françaises, le skipper s’était vu réservé un excellent accueil par les personnes présentes sur l’île et n’avait pas résisté bien longtemps à la proposition d’une douche chaude. Avec 4 heures de décalage horaire, la nuit commençait à tomber sur les kerguelen. Le skipper allait sans tarder retrouver le confort et la chaleur d'un "vrai" lit, afin d’être en forme pour demain, où une solide journée de travail l’attend.

Abandon officiel de Temenos II

C’est on le devine la mort dans l’âme que Dominique a dû se résoudre à faire part de son abandon à la direction de course cet après-midi. En escale aux Kergelen, après avoir reçu une aide extérieure Dominique se voyait donc contraint de se retirer de la course.

 

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Video du bord : Dominique se confie devant la caméra suite à son avarie:

www.dominiquewavre.com/p/fr/multimedia/video/131208/index.php

 

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Vacation du jour avec le PC presse [source www.vendeeglobe.org]

www.dominiquewavre.com/p/fr/multimedia/audio/131208/index.php

 

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