Lundi 18 Février 2008

 

Temenos II monte sur la 3ème marche du podium

 

Deux co-skippers heureux !
Temenos

© Th Martinez - BWR2007

C’est donc hier à 19h09 que Temenos II a coupé la ligne d’arrivée de la Barcelona World Race, Michèle et Dominique venant ainsi compléter le podium de la course. C’est sous les applaudissements nourris des barcelonais venus nombreux accueillir Michèle et Dominique, que les deux co-skippers ont amarré leur monocoque, de retour après 98 jours, 7 heures et 9 minutes passés en mer. Plus tôt dans l’après-midi, le soleil avait donné rendez-vous à la lune pour les tout derniers milles du duo qui tout au long de la course a su nous faire partager son bonheur d’être en mer. 

 

Même si avec un temps de course de près de 93 jours pour le leader Virbac-Paprec 2 on ne peut pas vraiment parler de l’édition de tous les records, certains chiffres évocateurs du potentiel de vitesse de cette nouvelle génération de 60 pieds Imoca, à l’image des 501 milles parcourus par Hugo Boss en 24h, auront marqué de leur empreinte cette première Barcelona World Race. A bord de Temenos II, les 27,4 nœuds de moyenne enregistrés par le comité de course sur 30 minutes, sans oublier la véritable embardée de Temenos II à 35,4 nœuds dans le grand Sud, resteront consignés dans le journal de bord du bateau et dans la tête des deux co-skippers, tout comme on le devine une foule d’autres souvenirs. Après un tour du monde il ne peut en être autrement.

 

Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous aujourd’hui?

Dominique : « C’est un mélange de plusieurs sentiments très forts, entre le soulagement d’arriver, un sentiment de plénitude, et d’accomplissement à l’idée d’être sur le podium, la joie de retrouver les proches, tout ça surmonté d’un peu de tristesse à l’idée de devoir tourner la page. On a envie de prendre un peu de temps pour profiter du moment présent, de ne pas aller trop vite mais les contraintes terriennes nous rattrapent déjà ! »

 

Quel est votre état de forme et celui du bateau ?

Temenos II en approche de la ligne d'arrivée
Temenos

© PARET - WAVRE

Dominique : « Physiquement c’est une course exigeante, en double on sollicite énormément les bateaux, beaucoup plus qu’en solitaire, mais sans avoir toutefois le confort, et la possibilité de récupération que peut apporter l’équipage. Il y a aussi une réelle fatigue psychique qui s’installe, le cerveau doit être en permanence très attentif à une somme de choses, le déroulement des manœuvres, la stratégie, l’analyse météo, les bruits, la recherche de la performance, l’esprit est sans cesse stimulé et cela demande un état de concentration et d’attention quasi-permanent. Dès l’instant où l’on a franchi la ligne d’arrivée et que les gens sont montés à bord du bateau, on a senti un relâchement général et la décompression arriver dans la foulée.

Le bateau est en très bonne forme, nous avons eu très peu de bricolages à faire à bord durant la course, l’état de préparation de Temenos II était très bon. C’est très satisfaisant de revenir au port avec un bateau en bon état. Il faut savoir le gérer, être sûr de le mener jusqu’à la ligne d’arrivée, tirer dessus au maximum mais sans risquer la casse. »

 

Déjà un premier bilan à tirer après ce tour du monde ?

Michèle : « Il est encore un peu tôt pour parler de bilan, tout au long de la course on se rendait compte qu’on apprenait énormément de choses sur le bateau, la manière de le mener, on sait que ça va nous permettre d’améliorer ses performances. Ce que l’on a appris découle de plus de 3 mois passés en mer aux quatre coins du monde, c’est une expérience solide. Après une course comme celle-là, les acquis sont énormes. Par rapport à cette somme de choses que l’on a emmagasinée, faire un bilan complet va nous demander un peu de temps. »

 

Comment se déroulait la vie à bord ?

Dominique : « Le fonctionnement de notre duo était basé sur la complémentarité, en mer elle s’impose à nous et ça s’est vérifié tout au long de la course. Dans les manœuvres on s’est rendus compte qu’on avait des rôles pratiquement figés dans le marbre, tout se faisait de manière complémentaire et harmonieuse.  Avant le Vendée Globe, il va falloir que je reprenne les entraînements spécifiques pour la navigation en solitaire. »

 

Champagne
Temenos

© Th Martinez - BWR2007

Les temps forts de la course ?

Michèle : « Sans hésiter l’océan Indien avec notre avarie de quille a été le pire moment de la course, on a pensé devoir abandonner, c’était vraiment très dur à accepter.

C’était impensable d’être serein avec dans la tête l’idée de la quille qui pouvait se rompre à tous moments. On a sous toilé un peu le bateau, mais dans certaines conditions musclées cela restait chaud malgré tout.

Dernièrement le passage de Gibraltar a été pénible, mais c’est surtout parce qu’il intervenait en fin de parcours et que l’on craint davantage pour le matériel dans ces moments-là. Au final ce qu’il reste d’une course ce sont le plus souvent les bons moments, c’est l’une des raisons pour laquelle on y retourne. On a tellement vite fait de gommer les mauvais moments, qu’ils se retrouvent parfois transformés en bons souvenirs.

Les instants les plus forts sont ceux où tu fais corps avec le bateau, ce sont des moments magiques, où tu sens que le bateau est bien, il y a quelque chose qui passe entre lui et toi, c’est une sorte de symbiose. Dans ces moment-là tu te dis, c’est pour ça que je navigue. »

 

Ton sentiment sur cette Barcelona World Race ?

Michèle : « C’est vraiment une très belle course. J’ai l’impression qu’on est partis de Barcelone hier, je n’ai pas le sentiment d’avoir vécu une succession de jours, mais plutôt une tranche de vie vécue à 200% un peu en dehors du temps, cela n’a rien à voir avec une transat, on voit les océans se succéder, on passe de saison en saison, c’est très intense ça donne l’impression d’avoir été sorti de la réalité et d’être rentré dans un autre monde, c’est vraiment une expérience très enrichissante. »

 

La suite de ce programme 2008 ?

Dominique : « On va rentrer rapidement à La Rochelle, et mettre Temenos II en chantier pour un refit général et se lancer dans les optimisations qui découlent directement de la course. Les bateaux sont plus exigeants, plus violents, ça mouille beaucoup sur le pont, il faut soigner l’ergonomie. Ce sont des conclusions auxquelles je n’étais pas arrivé après la route du Rhum.

La suite du programme est marquée Vendée Globe en lettres majuscules. Le départ est dans moins de 9 mois, entre périodes de chantier, d’entraînement et de validation, le compte à rebours a déjà démarré ! »