Vendredi 19 décembre 2008
Temenos II rejoint des latitudes plus accueillantes
Dominique à son arrivée aux Kerguelen, une escale qui restera longtemps gravée dans la mémoire su skipper![]() |
Ce soir au niveau du 42ème parallèle Sud, l’avenir s’éclaircit pour Dominique et Temenos II désormais sortis de l’influence du train de dépressions australes. Depuis hier, le skipper est parvenu à passer au travers du solide front froid, en ménageant l’appendice meurtri. Malgré des vents de plus de 35 nœuds, et une mer formée de 6 mètres, Dominique avait réussi grâce à un bon choix de voilure, au remplissage des ballasts et en ajustant régulièrement son cap en fonction des oscillations du vent, à asseoir suffisamment son bateau et à ainsi lui éviter de trop grands coups de gîte. Rappelons qu’une trop grande angulation de la quille désormais privée de retenue latérale, peut venir à tout moment endommager gravement la coque du bateau.
D’abord sous-toilé, progressant à allure réduite, Dominique s’est très vite rendu compte que, « jusqu’à une certain point, la vitesse était un gage de stabilité » Et le skipper de rajouter, « ça aide le bateau à rester droit, dans l’Indien il y a toujours cette houle croisée, en allant vite finalement le bateau est appuyé, il évite d’être trop balloté par les vagues. »
Actuellement en approche d’une dorsale anticyclonique, le vent mollit et le monocoque voyait sa progression ralentie. Sous une pluie battante, dans un vent orienté au Sud n’excédant pas les dix nœuds, Temenos II peut désormais faire cap à l’Est en direction de l’Australie. Aidé par une météo conciliante, et une mer qui s’aplanit, Dominique accompagne son bateau avec la plus grande des vigilances et des prudences. Au fil des milles parcourus, le skipper reconnaissait « reprendre confiance dans son bateau. »
Même si l’avarie de quille persiste, Dominique sentait avec soulagement « le danger immédiat s’écarter ». Le skipper parvenait même à retrouver ses petites habitudes de solitaire à bord de son bateau à ceci près, que désormais hors course, il peut procéder à quelques petits ajustements. Dominique qui dispose encore de près d’un mois et demi de vivres, a désormais le choix de son menu ou plutôt de ses menus car le skipper reconnaissait avoir un « appétit d’ogre ».
« C’est drôle j’ai tout le temps faim. Mon corps doit être en pleine phase de récupération. Je profite de mes réserves de nourriture, je farfouille dans tous les sacs et je prends ce qui me plait ! En plus je suis reparti des Kerguelen avec du pain, de la confiture, des oranges et des morceaux de moutons des îles que je me suis fait rôtir à la casserole, un vrai délice !»
Mais de l’archipel des Kerguelen, c’est avec bien plus que des vivres que le skipper reconnaissait être reparti. Ces moments-là vous marquent un homme. « C’était émouvant de quitter l’île, j’ai longuement remercié tous les gens qui m’ont aidé, j’ai hissé dans les haubans le pavillon des Terres Australes et Antarctiques Françaises, le Marion Dufresne a actionné sa corne et tout son équipage est venu me saluer sur le bord du navire. Ca a été trois jours d’une solidarité humaine exceptionnelle, c’est une véritable confrérie, les gens sur place ont été extraordinaires, ils m’ont remonté le moral, je me suis senti immédiatement adopté et choyé par ces personnes d’exception. »
Préoccupé par l’état de santé de Yann Elies, victime d’une fracture du fémur hier matin, Dominique se tenait régulièrement au courant de la situation du skipper de Generali et c’était avec un grand soulagement qu’il avait appris le départ d’une frégate de la marine australienne médicalisée sur zone.
La tête de quille brisée, objet de tant de désillusions pour Dominique et désormais objet de nombreuses attentions de la part du skipper![]() |
Toutes les heures environ Dominique s’astreint à une vérification de la quille, même si le skipper reconnaissait que c’étaient avant tout, les mouvements du bateau qui jouaient le rôle d’avertisseurs.
« Je ne navigue pas encore sur un lac, il y a toujours de la houle, je fais donc attention. Je m’assure qu’il n’y ait pas de petites entrées d’eau, ni de jeu au niveau de l’axe du pivot, ce sont des petites rondes très rapides. Le CROSS de la Réunion a cessé de m’appeler depuis ce matin, je suis rentré dans la zone de surveillance australienne, si j’ai un problème c’est désormais d’eux que je devrais me rapprocher mais je suis confiant ! »
Si hier Temenos II était parvenu à aligner de belles moyennes, il restait encore 1700 milles devant l’étrave du bateau, une distance que son skipper espérait pouvoir parcourir en 7 à 9 jours. Demain, Temenos II devrait passer non loin de Gitana Eighty, sous gréement de fortune depuis son démâtage. La partie s’annonce pour le moins tronquée, avec une quille vacillante mais son mât en l’air l’avantage va clairement à Dominique. Avec Gitana Eighty et Ecover, ce sont trois bateaux que l’on devrait retrouver dans le port de Fremantle. « On va faire une petite annexe du Vendée Globe à Fremantle ! » plaisantait Dominique interrogé par le PC de la course avant de conclure en faisant allusion aux messages de soutien qu’il continuait à recevoir, « ça fait vraiment du bien de savoir que les gens continuent de penser à nous même si on est hors course. »


